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Loco Locass: le retour des enfants terribles du rap québécois

08/06/2012 09:29 EDT | Actualisé 08/08/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Les trois comparses de Loco Locass ne s'en cachent pas: s'ils ont mis une petite éternité à sortir un nouvel album, c'est tout simplement parce qu'ils étaient en panne d'inspiration.

«On était tellement désespérés qu'à un moment donné, on s'est dit qu'on allait arrêter de penser album et qu'on allait sortir juste des chansons sur iTunes», se souvient Chafiik.

Les idées filtraient au compte-gouttes depuis «Amour oral», sorti en novembre 2004. Pour que leur nouvel opus «Le Québec est mort, vive le Québec!» voie enfin le jour, il aura fallu un incitatif de taille, reconnaît le groupe.

«Ce qui nous a botté le cul, c'est que vers le mois de février, on a eu une proposition de faire la Saint-Jean à Québec. Donc là, on s'est dit: 'Qu'est-ce qu'on fait? Est-ce qu'on va refaire encore les mêmes 'christ' de tounes qu'on fait depuis presque huit ans?'», renchérit Biz en sirotant tranquillement son mojito sur la terrasse d'un bar montréalais où La Presse Canadienne a rencontré les trois complices.

Ainsi, en huit semaines à peine, les arrangements et le mixage des pièces du nouvel opus étaient bouclés. Plusieurs maquettes étaient déjà prêtes ou en cours d'élaboration depuis un bon moment tandis que d'autres, comme «Le but» ou encore «M'accrocher» — dont on a pu entendre une première mouture dans le film «Tout est parfait» en 2008 —, n'attendaient que de se retrouver sur un album digne de ce nom.

«On a décidé de prendre moins de temps sur la production, donc la forme, et plus de temps sur l'écriture, donc le fond», expose Chafiik, qui signe la réalisation de l'album.

Avec le temps, les rappeurs ont évolué, mais ils n'ont rien perdu de leur capacité d'indignation et de leur esprit. Dans «Le Québec est mort, vive le Québec!», ils fourbissent à nouveau les armes qu'ils considèrent les plus puissantes: les mots.

À travers les 14 chansons qui figurent sur l'album, ils abordent les thèmes du suicide, du jeu compulsif, de la religion, de la langue française et — bien entendu — des répercussions de la gouvernance libérale.

Dans la pochette de la version physique de leur album, ils ont d'ailleurs pris la peine de remercier les étudiants grévistes, qui font la vie dure au gouvernement Charest dont les Loco Locass voulaient déjà «se libérer» en 2004.

Car ce sont les étudiants, fait valoir Batlam, qui ont donné naissance au mouvement de contestation qui secoue toujours le Québec.

«Les leaders étudiants le disaient très tôt dans la crise: pour que ces manifestations-là tiennent le coup, il fallait que davantage que les seuls étudiants embarquent dedans», rappelle-t-il.

Alors que Batlam dit espérer que cette crise n'aura pas comme seul aboutissement l'émergence d'un «lobby étudiant», son camarade Biz estime qu'elle aura à tout le moins eu le mérite de bouleverser les priorités des partis politiques au Québec.

«Ce qu'aura réussi à faire ce mouvement étudiant-là, c'est de ramener à l'avant-plan l'éducation comme priorité nationale, poursuit Biz. Et ça, c'est une maudite bonne nouvelle pour le Québec.»

Jamais, pendant les quelque 45 minutes qu'aura duré l'entrevue, les gars de Loco Locass n'auront rechigné à se prononcer sur des enjeux sociaux et politiques. Au total, ce jour-là, ils ont passé près de huit heures à répondre aux questions des journalistes, qui ont été nombreux à solliciter leur point de vue sur l'état actuel du Québec.

«On sait bien que quand les gens nous parlent de notre point de vue politique, ils parlent de notre musique aussi. C'est un tout», laisse tomber Batlam.

«Pis si ces chansons-là étaient pas d'une certaine qualité ou d'une certaine pertinence, on nous demanderait de parler de notre piscine, de notre BBQ, de notre fontaine ou de notre terrasse», poursuit Biz, sourire en coin.

Seul Chafiik, pourtant affable pendant toute la durée de l'entretien, exprime une certaine réticence.

«Moi, dans la vie, j'aime ben mieux parler de musique que de politique, parce que la musique c'est que du bonheur. La politique c'est pas mon trip. J'en parle parce que c'est nécessaire», explique-t-il.

Parce que c'est du bonheur, la chose musicale a été discutée, ce qui a permis de constater que les influences musicales de Chafiik, Biz et Batlam sont plutôt variées.

Le premier, bidouilleur en chef du trio, est catégorique: sa plus grande influence, du moins en ce qui concerne le nouvel album, est le Fab Four.

«Les Beatles, ils ont inventé le 'trip' de studio. Ils ont inventé le produit final que tu ne peux pas faire 'live', que tu peux juste faire quand c'est enregistré, avec tout ce qu'il y a de ludique et d'exploratif», lance-t-il.

Quant à Batlam, alias Sébastien Ricard, il a visiblement été marqué au fer rouge par son incursion dans la vie du chanteur André «Dédé» Fortin, qu'il a incarné dans le film «Dédé à travers les brumes» (2009).

«Moi qui n'étais pas un 'fan' des Colocs, j'ai découvert un grand, grand, groupe de musique et un grand, grand, auteur-compositeur qui avait les deux pieds dans la douleur. Ça paraît dans tout ce qu'il a écrit. Je pense que ça a été une influence», confie-t-il.

Biz, pour sa part, voue un grand respect au rappeur Eminem: «Moi, je reviens toujours à ça, mais Eminem m'a marqué pour sa capacité à raconter des histoires. Et j'ai aimé raconter les histoires avec des personnages dans cet album-là».

L'album «Le Québec est mort, vive le Québec!» est dédié à un autre rappeur: MCA, des Beastie Boys, qui a succombé à un cancer le 4 mai. Il est aussi dédicacé au cinéaste Pierre Falardeau. Un duo à l'image des Loco Locass — un premier qui a été membre d'un trio de rappeurs et un second qui maniait le verbe avec la ferveur des Loco Locass.

Le groupe se produira le 15 juin dans le cadre des FrancoFolies de Montréal et le 23 juin prochain à Québec pour la Fête nationale. Biz, Batlam et Chafiik ont d'ores et déjà invité le public à débarquer avec leurs casseroles.

En attendant, les 14 chansons de «Le Québec est mort, vive le Québec!» sont disponibles en écoute gratuite sur le site Internet d'Audiogram, et ce, jusqu'à lundi matin.

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