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JO-2012 - Pour les athlètes d'Irak, des JO au goût de pari patriotique

08/06/2012 07:21 EDT | Actualisé 08/08/2012 05:12 EDT

Ils sont sept, et tous ont connu les affres de l'entraînement dans un pays à reconstruire et toujours dangereux: l'équipe olympique irakienne se rendra à Londres en quête de performance sportive mais aussi avec l'espoir de cimenter une identité nationale toujours fragile.

Pour ces sept athlètes, quatre hommes et trois femmes, dont le benjamin n'a que 16 ans, l'absence ou le mauvais état des infrastructures et des équipements sportifs en Irak, conjugués aux aléas de l'entraînement, signifient que leurs chances de décrocher une médaille face aux champions des pays riches apparaissent ténues.

"Les armes et les munitions sont démodées: tout l'équipement est ancien comparé aux autres pays, arabes ou européens", témoigne Nour Amer Jassim, 17 ans, sélectionnée pour l'épreuve de tir au pistolet.

Mais ce handicap ne la décourage pas: "Ce sport est toute ma vie. Je me sens très fière de participer aux JO de Londres. J'espère une médaille pour voir hisser le drapeau de mon pays", lance la timide jeune femme voilée qui rêve à terme de travailler dans sa discipline.

"Nous avons parfois connu des situations difficiles pendant l'entraînement. Or s'entraîner requiert une bonne atmosphère et une situation stable", renchérit Adnan Tiayis, qui vise une place en finale dans l'épreuve du 800 mètres.

"Pour le moment, nous devons sortir du pays pour faire des stages et nous entraîner correctement", souligne l'athlète, né en 1980.

Muhaned Ahmed, engagé en natation sur 100 m papillon, déplore que la plupart des piscines d'Irak soient inadaptées, alors qu'il est "très important pour un nageur de s'entraîner dans une piscine aux normes olympiques avec une température correcte".

Au fardeau laissé à l'Irak par trois décennies de guerres, sanctions, violences ethniques et confessionnelles s'ajoutent les difficultés du climat, avec des températures qui tutoient régulièrement les 50°C l'été.

"Le sport irakien a encore besoin d'infrastructures, mais ce n'est pas une excuse pour ne pas procéder à son développement: de grands efforts sont faits par le gouvernement pour construire des sites", souligne Raad Hamoudi, chef du comité olympique irakien et ex-gardien de but de légende du football irakien.

"Notre objectif n'est pas le résultat: nous espérons obtenir des records mais notre sport n'en est encore qu'à ses débuts. Nous devons soutenir tous les types de sports", dit-il.

Mais il s'agit aussi de panser les plaies d'un pays où les divisions entre communautés demeurent profondes, insiste-t-il. "Le sport irakien unifie le peuple irakien, ce qui n'est pas le cas des hommes politiques".

"Lorsque l'Irak a remporté la Coupe d'Asie en 2007, tout le monde a vu que le sport réunissait ce que les hommes politiques avaient séparé. Donc le sport est un message de paix et un très bon exemple en matière de politique", relève-t-il.

Les années 2006-07 furent une période noire pour l'Irak, déchiré par des violences confessionnelles qui firent des dizaines de milliers de morts. Si la situation s'est améliorée depuis, les attentats restent fréquents et le pays est paralysé depuis près de six mois par une grave crise politique entre hauts dirigeants sunnites et chiites, aggravée par des menaces voilées de partition de la région autonome du Kurdistan (nord).

La petite délégation olympique irakienne se compose de deux coureurs (800 m masculin et 100 m féminin), d'une tireuse à l'arc, d'un nageur, d'une tireuse au pistolet, d'un lutteur et d'un judoka.

L'ambassadeur britannique en Irak, Michael Aron, qui les a reçus à Bagdad avant leur départ aux Jeux, veut voir dans leur participation un signe que le sport "commence" à prendre la place de la guerre en Irak. "Pour nous, cela montre que l'Irak avance", dit-il, tablant aussi sur le patriotisme de la forte communauté irakienne vivant au Royaume-Uni.

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