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Japon: il faut redémarrer deux réacteurs nucléaires, selon le Premier ministre

08/06/2012 10:10 EDT | Actualisé 08/08/2012 05:12 EDT

TOKYO - Le premier ministre japonais Yoshihiko Noda a appelé vendredi la population à accepter le redémarrage de deux réacteurs nucléaires fermés depuis l'accident de Fukushima en mars 2011, affirmant qu'il s'agissait d'une necessité économique.

Pour la première fois en quatre décennies, il n'y a actuellement plus de réacteur nucléaire en service au Japon. Le dernier en fonctionnement, celui de la centrale de Tomari dans le nord du pays, a été arrêté le 5 mai 2012 pour vérifications et travaux de maintenance.

Avant le tsunami du 11 mars 2011 et l'accident consécutif à la centrale de Fukushima, le plus grave depuis celui de Tchernobyl en 1986, le Japon comptait 50 réacteurs en service. Tous sont désormais à l'arrêt pour contrôles de sécurité, maintenance programmée ou ont été mis hors service par le tsunami, comme à Fukushima. Le nucléaire, avant Fukushima, constituait environ 30 pour cent de la production d'électricité au Japon.

Ce sont actuellement des centrales thermiques, alimentées en pétrole et gaz naturel importés, qui permettent de subvenir aux besoins du pays en énergie.

Le rédémarrage des réacteurs en état de fonctionnement dans l'archipel est désormais conditionné à de nouveaux tests de résistance et à l'avis des autorités locales. Le gouvernement ne semble pas désireux sur ce point de passer en force, face à une opinion publique de plus en plus inquiète. Un sondage publié par le quotidien «Tokyo Shimbun», à l'occasion du premier anniversaire de Fukushima, montre qu'une large majorité de japonais (76,9 pour cent) est favorable à une sortie progressive du nucléaire.

Des élus locaux comme le maire de Tomari, Hiroomi Makino, souhaitent cependant la remise en service de réacteurs, évoquant les répercussions négatives d'un arrêt des installations pour l'économie locale, notamment en terme d'emplois et de subventions.

Le premier ministre Yoshihiko Noda a repris l'argument économique pour justifier la nécessité de rédemarrer les réacteurs 3 et 4 de la centrale d'Ohi dans la préfecture de Fukui (centre). Kansai Electric Power, principal fournisseur d'électricité dans la région englobant les villes d'Osaka et Kyoto, a demandé en avril une autorisation de remise en service des deux réacteurs.

«Nous devons redémarrer les réacteurs 3 et 4 d'Ohi afin de préserver les moyens d'existence de la population», a déclaré M. Noda au cours d'une conférence de presse. «La société japonaise ne peut pas survivre si nous stoppons tous les réacteurs nucléaires ou les maintenons à l'arrêt», a-t-il affirmé. Les autorités japonaises, a-t-il ajouté, redoutent une pénurie «grave» d'électricité dans la partie ouest du pays durant la période estivale, chaude et humide, en raison de l'usage intensif des climatiseurs.

La préfecture de Fukui avait annoncé qu'elle attendait l'intervention du premier ministre pour donner l'autorisation de redémarrage, qui pourrait désormais intervenir d'ici la semaine prochaine.

Le gouvernement, a assuré M. Noda, a pris les mesures nécessaires pour garantir la sécurité de la centrale en cas de séisme ou de tsunami majeur. Mais des responsables de la compagnie Kansai Electric Power ont reconnu que toutes les modifications demandées par le gouvernement ne pourront pas être mises en oeuvre dans l'immédiat. Les dispositifs pour réduire les émissions de radioactivité en cas d'explosion ou protéger la centrale des débris charriés par un tsunami ne seront pas prêts avant 2015.

Un accident du type de Fukushima serait donc susceptible d'avoir les mêmes conséquences. Actuellement, le centre de gestion de crise de la centrale d'Ohi est situé en sous-sol, et serait inondé en cas de raz-de-marée majeur, expliquent des responsables de Kansai Electric. Un nouveau QG de crise est en construction.

À Tokyo, des manifestants se sont rassemblés vendredi devant le siège du gouvernement pour dire leur «ferme» opposition à la remise en service de la centrale d'Ohi.

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