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Ghassan Tuéni, éminent diplomate libanais et géant de la presse arabe

08/06/2012 02:01 EDT | Actualisé 08/08/2012 05:12 EDT

Le journaliste libanais Ghassan Tuéni, décédé vendredi à l'âge de 86 ans, était un ancien ministre et diplomate et l'un des plus importants défenseurs de la liberté de la presse dans le monde arabe.

Cet homme raffiné, sobre et extrêmement cultivé a été tour à tour député --à l'âge de 25 ans-- ministre, et ambassadeur du Liban auprès de l'ONU de 1977 à 1982, alors que son pays était déchiré par une guerre civile à caractère confessionnel (1975-1990).

Le prestigieux quotidien An Nahar, dont il était propriétaire, est devenu sous sa direction une "école" en soi de journalisme et un modèle pour la presse arabe, dans une région qui était, et reste toujours, dominée par les médias gouvernementaux.

"C'est un des derniers grands champions de la liberté de presse au Liban et dans le monde arabe qui disparaît", a affirmé à l'AFP Marwan Hamadé, député et beau-frère du défunt. "Il a fait d'An Nahar le grand journal indépendant du monde arabe à l'heure où personne n'osait en dehors du Liban écrire deux lignes qui ne soient à la gloire des dirigeants et des autocrates".

Le président français François Hollande a rendu hommage à un "très grand journaliste et diplomate libanais, dont l'exigence intellectuelle et le professionnalisme étaient reconnus et appréciés de tous bien au-delà du Liban (...)". "La France, avec laquelle Ghassan Tuéni était lié par une amitié ancienne, profonde et sincère, ressent douloureusement sa disparition".

Yamina Benguigui, la ministre déléguée chargée des Français de l'étranger et de la Francophonie, représentera la France aux obsèques de Ghassan Tuéni samedi à Beyrouth.

Comme ambassadeur à l'ONU, M. Tuéni a été le principal artisan de la résolution 425 du Conseil de sécurité en 1978 qui a appelé Israël à retirer ses troupes après son invasion du sud du Liban. Le retrait n'aura lieu que 22 ans plus tard, en 2000.

"Laissez mon peuple vivre", avait-il plaidé devant le Conseil, un slogan qui sera le titre d'un futur ouvrage.

Au départ partisan de la Grande Syrie, ce chrétien a défendu l'idée d'un panarabisme ouvert et moderne et d'un multiculturalisme. Soutenant le droit au retour des Palestiniens, il s'est opposé à la longue tutelle politico-militaire du grand voisin syrien, jusqu'au retrait des troupes de Damas en 2005.

"C'était un homme qui a transcendé les lignes de démarcations confessionnelles qui affligent tellement le Liban", commente M. Hamadé.

Francophone, il est né au sein d'une famille orthodoxe à Beyrouth en 1926. Il a étudié la philosophie à l'Université américaine de Beyrouth avant de décrocher un master en sciences politiques à la prestigieuse université de Harvard.

C'est son père, Gebrane Tuéni, qui a fondé le quotidien An Nahar à l'époque du mandat français, considéré comme le journal libanais de référence.

Sa vie a été marquée par des tragédies personnelles: son épouse Nadia Hamadé, plus connue sous le nom de Nadia Tuéni, la plus célèbre des poètes francophones libanais, meurt d'un cancer en 1983. Sa fille Nayla meurt d'un cancer à l'âge de sept ans et son fils Makram décède dans un accident de voiture.

Et en 2005, la tragédie frappe de nouveau: son unique fils survivant, le député et journaliste Gebrane Tuéni, est assassiné comme d'autres personnalités libanaises hostiles au régime du président syrien Bachar al-Assad, dans la foulée du meurtre de l'ex-Premier ministre Rafic Hariri.

Surnommé le "doyen des journalistes libanais", Ghassan Tuéni est l'auteur de plusieurs ouvrages en arabe et en français, dont "Une guerre pour les autres" (1985) sur la guerre civile.

Dans un article en 2001 où il défendait la liberté d'expression, dix ans avant le Printemps arabe, il écrivait: "Seuls les régimes autocratiques peuvent se payer le luxe de se taire. Pour eux, le silence tient lieu d'éloquence".

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