Las de l'actualité de la crise, analystes et banquiers européens ont cherché à se changer les idées en élaborant divers modèles pour pronostiquer l'issue de l'Euro-2012 de football, avec des résultats souvent très proches des intuitions des supporteurs.

La banque italienne Unicredit, l'allemande Dekabank et l'institut de recherche berlinois DIW misent unanimement sur l'Espagne. Pour les analystes d'ABN Amro, c'est l'Allemagne qui devrait remporter la compétition qui débute vendredi à Varsovie.

Base de ces pronostics, des modèles plus ou moins complexes, et plus ou moins scientifiques.

"Nous essayons d'adopter une approche quasi-sérieuse", prévient ainsi ABN Amro dans son étude "Soccernomics", qui cherche entre autres à identifier une corrélation entre victoires en foot et notation de la dette.

Et, palmarès des trois dernières éditions de l'Euro à l'appui, s'interroge: "Est-ce-que les sportifs des pays à la peine économiquement développent une mentalité de gagnant, et ceux des pays prospères deviennent paresseux et moins motivés?"

Unicredit et le DIW ont choisi l'approche "money scoring goals" ("l'argent marque des buts") et compilé la valeur monétaire de chaque équipe, en additionnant le prix du marché de chaque joueur, tel que donné par les derniers transferts.

Parce que les formations nationales ne sont pas aussi rodées dans le jeu collectif que les clubs, "lors d'un Mondial ou d'un Euro, la performance d'une équipe n'est rien d'autre que la somme des performances des joueurs individuels, et la valeur du jeu collectif et de l'entraîneur est à pondérer de manière inférieure par rapport aux championnats", expliquent doctement les analystes du DIW.

Unicredit valorise la Roja à 658 millions d'euros, en tête des 16 équipes en lice, suivie de l'Allemagne, l'Angleterre et la France. Et, en croisant ce classement avec la configuration des poules, prédit des demi-finales Portugal-Espagne et Allemagne-Angleterre, et une victoire de la Roja sur la Mannschaft en finale.

Dekabank arrive sensiblement au même résultat, avec une toute autre méthode. La banque a croisé les statistiques des 124 matches des quatre derniers Euro et un système de notation utilisé dans les échecs, celui des quotients "Elo".

Conclusion: "Avec l'Espagne et les Pays-Bas, l'Allemagne fait partie des favoris." Mais la probabilité pour la Mannschaft de remporter le titre n'est que de 22%, déplorent les analystes francfortois.

La bonne nouvelle, pour ces économistes qui suivent au jour le jour les déboires de la zone euro, c'est que le titre devrait rester dans le giron des pays de la monnaie unique avec une probabilité de 86%.

Et c'est tant mieux puisque, pour ABN Amro, ce serait optimale pour "la confiance", sentiment rare dans la région à l'heure actuelle.

La banque va même plus loin: "D'un point de vue économique, le mieux serait que l'Allemagne, la France ou les Pays-Bas gagnent, en postulant qu'une victoire de l'un de ces pays renforcerait la conviction que le noyau de la zone euro est suffisamment robuste et que l'union monétaire peut survivre."

"Un grand nombre de parties se jouent sur de petites choses, ou le hasard", rappellent tout de même les experts de Dekabank, qui jugent pour autant que "ce ne serait tout de même pas très sportif de s'abstenir d'une prévision pour cette raison".

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