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Euro-2012 - Les championnats cachés des Résistants polonais

08/06/2012 09:09 EDT | Actualisé 08/08/2012 05:12 EDT

Alors que la Pologne a donné vendredi le coup d'envoi de son Euro-2012, certains anciens Résistants, comme Leszek Rylski, se rappellent comment les championnats secrets de football ont apporté de l'espoir à tout un peuple durant les heures sombres de l'occupation nazie.

"Zbikowski, un défenseur, tué. Les Izydorzak, des attaquants, tous les deux morts dans les camps. Ostrowski, un attaquant, tué pendant l'Insurrection de Varsovie" en 1944, détaille le vieil homme de 92 ans.

Son histoire, comme celles de centaines d'autres footballeurs polonais des ligues secrètes, reste peu connue en Pologne. Elle est ignorée à l'étranger.

"Cela nous permettait de nous évader de la dure réalité du quotidien. C'était une illusion de normalité", explique M. Rylski, entouré de ses trophées.

"C'était un acte de protestation contre l'occupation allemande. C'était dangereux, mais nous étions satisfaits car cela montrait que malgré la terreur, nous étions toujours là", poursuit-il.

Dans cette Pologne envahie depuis 1939, les Juifs étaient parqués dans les ghettos ou envoyés dans les camps de la mort. Les Catholiques subissaient le règne de la terreur des Nazis, avec ses exécutions sommaires et ses déportations dans les camps.

Pour résister, la Pologne a développé un Etat secret, doté d'un gouvernement, et d'une armée l'Armia Krajova (AK), l'Armée de l'Intérieur, qui fut le principal mouvement de résistance aux Nazis.

Et cet Etat secret disposait d'écoles, de théâtres et... de championnats de football.

"Confrontés à une occupation brutale, les gens ont voulu conserver quelque chose qui leur était cher", analyse l'historien Jan Szudlinski. "Le sport est important dans une société. En organisant ces championnats clandestins, ces gens maintenaient aussi en vie un peu de la culture polonaise."

Piqué du "virus du foot", le jeune Leszek Rylski, né en 1919 à Jaroslaw (sud-ouest), rejoint à 15 ans le club régional d'Ognisko, puis, rattrapé par la guerre et pris derrière les lignes de l'Armée rouge en 1939, il décide de rejoindre Varsovie. Là, il entend parler de "types qui jouent au foot".

Ces "types", menés par l'ancien attaquant international Jozef Ciszewski, sont en fait très organisés. "Il voulait que ce soit formel. Ainsi, au printemps 1940, l'idée d'un championnat du Varsovie occupée est née", se souvient M. Rylski.

Le 20 mai, huit équipes se retrouvent dans le parc du quartier de Mokotow, au sud du centre ville. "C'était primitif, nous utilisions des manteaux en guise de poteaux", se rappelle-t-il. Blysk, son club, où évoluait aussi d'anciens professionnels, a remporté le championnat.

"Nous jouions dans différents endroits de la ville pour éviter les services de sécurité allemands. Nous ressentions un vrai sentiment de liberté, mais nous avions aussi de la pression car nous pouvions être arrêtés à tout instant", explique celui qui jouait aussi bien attaquant que défenseur ou milieu de terrain.

Des guetteurs surveillaient l'arrivée des patrouilles allemandes. "Nous devions nous disperser quand nous voyions des véhicules blindés et nous déclarions le match arrêté", se remémore Rylski, qui suivait en parallèle de sa vie cachée de footballeur, un entraînement tout aussi clandestin de lieutenant de l'AK.

Un danger permanent qui n'a pas épargné son club de Blysk en 1943: "Beaucoup de joueurs ont été arrêtés ou tués." Rylski rejoint alors un nouveau club, Marymont, jusqu'à l'Insurrection de Varsovie à l'été 1944, qui fit plus de 200.000 victimes et pendant laquelle la ville fut en grande partie détruite. Avant d'être envahie par l'Armée rouge l'année suivante.

De retour au jeu de 1945 à 1948, Rylski a ensuite évolué derrière les bancs de touche, prenant des responsabilités, jusqu'à devenir un responsable de la Fédération polonaise de football, puis du comité exécutif de l'UEFA. Celui qui lança le premier Euro, en 1960.

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