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Syrie: tirs contre des observateurs de l'ONU venus enquêter sur un massacre

07/06/2012 01:17 EDT | Actualisé 07/08/2012 05:12 EDT

BEYROUTH - Des coups de feu ont été tirés jeudi sur des observateurs des Nations unies qui tentaient de se rendre à Mazraat al-Qubair, dans le centre de la Syrie, où l'opposition affirme qu'environ 80 villageois, dont des femmes et enfants, ont été massacrés mercredi par les forces pro-gouvernementales, a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon.

Les tirs n'auraient pas fait de blessé. Les observateurs, qui ne sont pas armés, se sont vu refuser l'accès au lieu de la tuerie présumée, dans la province de Hama, et «on leur a tiré dessus avec des armes légères», a précisé M. Ban au siège de l'ONU à New York. Il est devenu évident depuis plusieurs mois que le président syrien Bachar el-Assad et son gouvernement ont «perdu toute légitimité», a-t-il ajouté.

Un régime qui tolère des massacres «a perdu son humanité fondamentale», a-t-il estimé, en condamnant cette «barbarie inqualifiable».

Le chef des observateurs en Syrie, le général Robert Mood, a déclaré que des véhicules de l'ONU en route vers le village où le massacre se serait produit avaient été stoppées à des postes de contrôle de l'armée syrienne et que certains avaient été contraints de faire demi-tour. D'autres véhicules de l'ONU auraient été arrêtés par des civils. La télévision publique syrienne a de son côté déclaré que les observateurs avaient atteint la zone rurale de Mazraat al-Qubair.

D'après un résidant du village joint par téléphone par l'Associated Press, après cinq heures de bombardements de l'armée mercredi, des miliciens pro-gouvernementaux, les «chahibas», sont arrivés et «ont tué et poignardé tous ceux qu'ils trouvaient».

Leith Al-Hamwy a affirmé avoir réchappé au massacre en se cachant dans une oliveraie située à environ 800 mètres des fermes, mais sa mère et ses six enfants ont été tués.

«Quand je suis sorti de ma cachette et que je suis entré dans les maisons, j'ai vu des corps partout. Des familles entières tuées par balles, avec des pieux ou des couteaux», a-t-il raconté.

Il a ajouté que les miliciens avaient brûlé la maison de sa famille, tuant ses occupants. Il a estimé qu'environ 80 personnes, dont de nombreux enfants, avaient péri et que 18 maisons avaient été détruites, bombardées ou brûlées.

Le Conseil national syrien (CNS), le principal groupe d'opposition en exil, a fait état de 78 personnes, dont plus de la moitié de femmes et d'enfants, tuées au couteau ou par balles par des «chahibas» venus des villages voisins.

«Des femmes et des enfants ont été brûlés chez eux», a déclaré Mousab Alhamadi, un opposant établi à Hama.

L'Observatoire syrien des droits de l'homme a recensé les noms d'au moins 49 personnes tuées à Mazraat al-Qubair. Les Comités locaux de coordination ont fait état de plus de 78 morts, dont de nombreux enfants et femmes poignardés ou brûlés par les «chahibas», selon eux.

Des vidéos amateurs publiées sur Internet, dont l'authenticité n'a pu être vérifiée, montrent des rangées de cadavres de bébés, d'enfants et de femmes enveloppés dans des couvertures. On peut aussi voir ce qui est présenté comme les corps carbonisés d'une famille de quatre personnes victime d'un bombardement.

Le gouvernement a publié un communiqué relayé par l'agence de presse officielle SANA, qui accuse un «groupe terroriste armé » d'avoir commis «un crime épouvantable» en tuant neuf femmes et enfants à Mazraat al-Qubair. À la demande des villageois, les forces de sécurité de Hama seraient intervenues et auraient tué tous les terroristes au prix de la vie de deux officiers, selon SANA.

Les provinces de Homs et de Hamas, dans le centre de la Syrie, sont des bastions de l'opposition. L'ONU estime que la répression du mouvement de contestation initialement pacifique a fait plus de 9000 morts depuis mars 2011. L'opposition avance quant à elle un bilan de plus de 13 000 morts.

La poursuite des violences malgré le cessez-le-feu décrété le 12 avril dans le cadre du plan de paix de l'envoyé spécial de l'ONU et de la Ligue arabe, Kofi Annan, fait craindre que le pays ne bascule dans la guerre civile totale et que l'instabilité ne gagne les pays voisins, notamment le Liban, où des combats ont déjà eu lieu ces dernières semaines. Le régime syrien impute les violences à des terroristes manipulés par l'étranger.

Devant l'Assemblée générale de l'ONU, Kofi Annan a exhorté la communauté internationale à «s'unir véritablement derrière un processus et à agir et parler d'une seule voix».

«Il est encore possible d'éviter le pire» en Syrie, a-t-il affirmé.

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