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Syrie: de Washington à Moscou, condamnation unanime du massacre d'Al-Koubeir

07/06/2012 01:54 EDT | Actualisé 07/08/2012 05:12 EDT

"Affront à la dignité humaine", acte "barbare": la communauté internationale a condamné jeudi le nouveau massacre survenu en Syrie, qui a fait des dizaines de morts, et dont les auteurs devront être "punis", selon l'émissaire international Kofi Annan.

Moins de deux semaines après le massacre de Houla qui a provoqué un tollé international, l'opposition et une ONG syrienne ont accusé les forces fidèles au régime d'en avoir commis un autre mercredi à Al-Koubeir dans la province de Hama (centre). Mais le régime a démenti que ce massacre ait eu lieu.

Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a qualifié ce nouvel épisode sanglant de "scandaleux et révoltant". "Depuis des mois il est évident que le président (syrien) Bachar al-Assad a perdu toute légitimité", a-t-il déclaré devant l'Assemblée générale de l'ONU.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a estimé que M. Assad "doit céder le pouvoir et quitter la Syrie", déclarant que la violence "soutenue par le régime dont nous avons été le témoin hier à Hama est tout simplement inadmissible".

La Maison Blanche a également dénoncé un "affront à la dignité humaine" et la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, a réclamé une "enquête totale" sur ce crime "impardonnable".

La Russie, hostile à toute imposition d'un changement de régime en Syrie, a dénoncé ce massacre "barbare" comme une "provocation" visant à faire échouer le plan de paix de l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan, et appelé l'Occident à faire pression sur l'opposition armée syrienne afin qu'elle le respecte.

S'adressant jeudi à l'Assemblée générale de l'ONU, M. Annan a déclaré que les responsables du massacre devaient "être punis".

Alors qu'Occidentaux d'un côté et Russes et Chinois de l'autre campent sur leurs positions, l'émissaire devait s'adresser au Conseil de sécurité pour proposer un groupe de contact élargi afin de faire respecter son plan ou trouver un "plan B" pour un règlement dans ce pays déchiré par une révolte réprimée dans le sang depuis 15 mois.

"Il est temps pour la communauté internationale d'agir de manière concertée", a dit Ban Ki-moon, soulignant le risque "d'une guerre civile totale".

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a toutefois prévenu que son pays bloquera au Conseil de sécurité de l'ONU tout texte autorisant une intervention extérieure en Syrie.

"Il n'y aura pas de mandat (de l'ONU) pour une intervention extérieure en Syrie. Je vous le garantis", a-t-il déclaré à la presse, à Astana.

Au moins 55 personnes ont été tuées à Al-Koubeir, a indiqué le président de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane. "Quarante-neuf victimes ont été identifiées à Al-Koubeir, majoritairement membres de la famille Al-Yateem" et "parmi elles figurent 18 femmes et enfants", a-t-il dit.

Ban Ki-moon a indiqué que des observateurs de l'ONU qui tentaient de se rendre sur les lieux avaient été la cible de "tirs à l'arme légère". Les Nations unies ont précisé qu'aucun d'entre eux n'avait été blessé et qu'ils tenteraient à nouveau de se rendre sur place vendredi.

Selon un villageois vivant près d'Al-Koubeir, une enclave sunnite où vivent quelque 150 éleveurs et fermiers, le massacre a commencé vers 14H00 (11H00 GMT). Les chabbiha, des miliciens pro-régime, arrivés de régions alaouites proches, "sont entrés dans Al-Koubeir, avec des armes à feu et des couteaux" en provenance de villages proches comme Asileh, qui est alaouite", a-t-il ajouté. Le clan Assad appartient à la minorité alaouite.

Une vidéo a montré le cadavre d'un bébé, celui d'un homme qui semblait gravement brûlé et d'autres corps enroulés dans des couvertures.

Mais le gouvernement syrien a démenti qu'un tel massacre ait eu lieu, affirmant "qu'un groupe terroriste a commis un crime odieux dans la région de Hama qui a fait 9 victimes".

Il n'était pas possible de confirmer de source indépendante ces informations, alors que les médias étrangers sont soumis à des sévères restrictions.

Quoi qu'il en soit, le Conseil national syrien (CNS), a demandé aux rebelles d'intensifier leurs attaques contre les forces du régime "pour mettre fin au siège imposé à la population et protéger les civils".

Ailleurs dans le pays, les troupes syriennes bombardaient violemment jeudi Talbissé, semant la panique dans cette localité de la province de Homs (centre) selon l'OSDH et des vidéos de militants.

Plus de 13.400 personnes, la plupart des civils, ont péri en Syrie en 15 mois, selon l'OSDH.

Le Premier ministre du Qatar, Cheikh Hamad bin Jassim Al-Thani, également ministre des Affaires étrangères de son pays, a plaidé jeudi pour "un transfert pacifique du pouvoir en Syrie", lors d'une entretien avec le président français François Hollande.

La France a par ailleurs fixé au 6 juillet la prochaine réunion à Paris du groupe des Amis de la Syrie.

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