Seins nus et casseroles contre Grand Prix et frais de scolarité (PHOTOS/VIDÉO)

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MONTREAL - Pendant que le tapis rouge du Grand Prix de Formule 1 se déroulait jeudi soir à Montréal, des centaines de manifestants ont parcouru les rues de la métropole au cours de trois manifestations distinctes pour tenter de perturber le début des festivités.

Deux visions du monde se sont affrontées au centre-ville. Des militants anticapitalistes ont tenté de perturber le traditionnel cocktail de bienfaisance de l'événement tenu dans le quartier en pleine expansion de Griffintown, mais les policiers sont rapidement intervenus pour éviter les débordements et disperser les gens.

La manifestation a été déclarée illégale et les policiers ont procédé à 18 arrestations parmi les militants qui avaient répondu à l'appel de la Convergence des luttes anticapitalistes (CLAC). Les arrestations étaient « ciblées » et ce n'était « pas des arrestations de masse », selon la police, qui explique avoir arrêté des manifestants masqués ou en possession d'armes.

Ils ont été appréhendés en vertu de l'article 31 du Code criminel et non en vertu des règlements municipaux. « Il y avait une source de danger identifiée à l'intérieur, une source de danger qui représente une menace, c'est clair », a indiqué le commandant Alain Simoneau, du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Les militants n'ont donc pas réussi à s'approcher de l'espace d'art contemporain l'Arsenal, où avait lieu le cocktail. Le site était protégé par un imposant périmètre de sécurité formé par l'escouade antiémeute de la SQ et par les agents du SPVM.

Le SPVM procède à des arrestations ciblées parmi le groupe de militants de la Convergence des luttes anticapitalistes.
Après les arrestations, les policiers ont demandé aux autres manifestants pris en souricière de se disperser. Ces derniers ont quitté le sud-ouest de la ville pour se diriger vers l'intersection des rues Sainte-Catherine et Crescent, où se déroulait une partie des festivités entourant le Grand Prix.

Des projectiles ont alors été lancés à l'endroit des policiers, qui ont répliqué en aspergeant les manifestants de gaz irritant. Des affrontements s'en sont suivis et les policiers ont rapidement procédé à une deuxième vague d'arrestations ciblées.

Affrontements entre policiers et manifestants à l'angle des rues Sainte-Catherine et Crescent
Une seconde manifestation, celle-ci organisée par des étudiants affiliés à la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), s'est mise en branle vers 19 h 30 à partir de la Place du Canada. Les manifestants, certains partiellement vêtus et d'autres complètement nus, voulaient notamment dénoncer l'érotisation de la femme lors des activités de la Formule 1.

« Derrière les bagnoles rutilantes, l'enivrante vitesse et la mise en scène de femmes érotisées se cachent des valeurs sexistes, non environnementales, élitistes et économistes », estime l'Association facultaire des étudiants-es en arts de l'UQAM (AFÉA), qui a organisé la « manufestation ».

L'AFÉA-UQAM souhaitait dénoncer la tenue du Grand Prix du Canada, qui profite, selon elle, uniquement à l'élite économique. « Évidemment, le Grand Prix de F1 est très couru par l'élite économique mondiale qui, chaque année, vient profiter des « charmes » de Montréal : hôtels luxueux, bars de danseuses, services d'escortes et de prostitution, soirées V.I.P., expositions de voitures de luxe, etc. », peut-on lire dans son communiqué.

L'association étudiante remet en question les retombées économiques du Grand Prix, tout en soulignant la contradiction entre l'étalage de richesses qui prévaut au cours de l'événement et le contexte d'austérité qui engendre la hausse des droits de scolarité.

Puisqu'aucun itinéraire n'avait été fourni aux policiers, cette « manufestation » a été déclarée illégale d'entrée de jeu, mais le SPVM avait indiqué qu'elle serait tolérée « si aucun acte criminel » n'était « commis », reprenant le même discours qu'il utilise lors des manifestations nocturnes.

Moment de guérilla urbaine à Montréal from Jean-Hugues Roy on Vimeo.

Vers 20 h 30, des centaines d'autres manifestants se sont d'ailleurs rassemblés au parc Émilie-Gamelin pour entamer la 45e manifestation nocturne contre la hausse des droits de scolarité et contre la loi 78, qui s'est ensuite rapidement fusionnée au cortège des manifestants dévêtus.

Puis, les « manufestants » et les casseroles ont traversé la foule qui était rassemblée au Quartier des spectacles pour assister à la première soirée des FrancoFolies, où musique et slogans se sont fait compétition.

Les organisateurs avaient déjà indiqué qu'ils laisseraient les gens qui étaient munis des casseroles pénétrer sur le site de la Place des Arts. Il y avait davantage « de gens dévêtus que de casseroles », ont toutefois rapporté nos journalistes sur place.

Vers 22 h, la situation a quelque peu dégénéré au moment où les policiers tentaient de bloquer la rue Sherbrooke pour rediriger la foule. Des manifestants masqués auraient couru en direction des forces de l'ordre, qui auraient ensuite utilisé du poivre de Cayenne.

Manifestants et policiers jouent au chat et à la souris près de McGill College.
Après ces affrontements, les opérations policières se sont multipliées au cours de la soirée. L'utilisation de plusieurs gaz irritants a notamment été rapportée à l'angle des rues McGill College et Sainte-Catherine, où des feux d'artifice ont été lancés.

Le SPVM a effectué des « interventions ciblées auprès de suspects », rappelant que « la majorité des participants » à la manifestation étaient « pacifiques ».

Les policiers ont commencé à demander aux gens de se disperser à l'angle des rues Sainte-Catherine et University, puis la manifestation a pris fin vers 23 h, sous la pluie. Au total, le SPVM a annoncé avoir procédé à 37 arrestations au cours de la soirée, que ce soit en vertu du Code criminel ou des règlements municipaux.


Un cocktail sans heurts, mais quelques irritants

Du côté du cocktail d'ouverture du Grand Prix, les participants à l'événement ont dû passer par quelques barrages policiers pour atteindre l'espace d'art contemporain l'Arsenal, alors que l'hélicoptère de la Sûreté du Québec ainsi que des drones équipés de caméras survolaient les lieux.

Quelques convives ont montré un peu d'irritation par rapport aux événements, dont l'ancien pilote automobile Jacques Villeneuve. « Ce n'est vraiment pas bon tout ce qui se passe. Il y a un manque de réflexion qui se fait de la part de plusieurs jeunes individus », a-t-il déclaré.

Le grand patron de la F1, Bernie Ecclestone, juge quant à lui que « les manifestants pensent sûrement avoir de bonnes raisons de manifester, mais selon ce que j'en sais, notamment pour les étudiants, ils sont bien mieux qu'ils ne le seraient à Londres ».

Le fondateur du Festival Juste pour rire, Gilbert Rozon, a de son côté tenu à rappeler que le conflit étudiant nuisait selon lui au tourisme et aux commerçants du centre-ville de Montréal.

Le coprésident des festivités du Grand Prix, Michael Fortier, s'est pour sa part dit « déçu » de voir qu'un tel déploiement policier ait été nécessaire, d'autant plus que la soirée avait « pour but d'amasser des fonds pour les fondations du CHU Sainte-Justine et de l'Hôpital Sacré-Coeur de Montréal », a-t-il rappelé, évoquant un « partage de richesses ».

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