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Le Monde emploie le mot «soulèvement» pour décrire la crise étudiante

07/06/2012 06:34 EDT | Actualisé 07/08/2012 05:12 EDT

PARIS - Le débat sur la crise étudiante québécoise se déplace dans les pages du Monde, qui parle vendredi de «soulèvement».

Pour tenter d'en cerner les raisons, le journal a ouvert ses pages «débats» à six acteurs et observateurs du conflit, à commencer par le premier ministre Charest. Celui-ci défend la Loi 78, qui a été très mal perçue en France. Il tente aussi de minimiser la portée du boycottage, suivi, selon lui, par une «minorité» ne représentant «que 30 pour cent de la population étudiante».

Mais le chef du gouvernement apparaît isolé face aux autres intervenants, qui dressent le portrait d’un système néolibéral corrompu et miné par les scandales. C'est le cas de Gabriel Nadeau-Dubois, qui parle d’un «pouvoir libéral usé».

«La marmite saute. La colère accumulée contre le gouvernement Charest en plus de 10 ans se traduit enfin dans la rue», lance-t-il.

Du coup, la député péquiste Louise Beaudoin perçoit «derrière le bruit des casseroles la voix de l’indépendance». «Pour les indépendantistes québécois, dont je suis, il y a à espérer que ce sursaut démocratique, cet élan citoyen, porte en lui le germe d'une mobilisation durable et que cette volonté du peuple de changer les choses se manifestera lors des prochaines élections», a-t-elle écrit.

Le chanteur Richard Desjardins explique pour sa part aux lecteurs du Monde que Québec prend aux jeunes l'argent nécessaire au Plan Nord, projet dans lequel «le gouvernement s'apprête à engager des dizaines de milliards» en échange de «retombées hypothétiques».

«C'est dans ce contexte qu'il sabre dans les budgets de la santé et de l'éducation, qu'il augmente les frais de scolarité. "Votre juste part", a-t-il réclamé aux étudiants. Leur réponse : la rue, les casseroles, le tintamarre. Et peut-être plus.»

L’auteur de «La génération lyrique», François Ricard, fait valoir que «le conflit survient à un moment où le Québec est devenu une société ennuyeuse, dans laquelle il fait bon vivre, sans doute, mais que plus rien, aucun "projet", aucune cause commune ne mobilise».

«Or voilà que les événements des derniers mois, en simplifiant, rendent un réveil possible», se réjouit l’essayiste, qui modère toutefois les emportements de certains face à cette mobilisation. Selon lui, présenter la jeunesse étudiante québécoise comme un groupe «opprimé» ou comparer le mouvement de protestation au Printemps arabe «relève de la pure mystification».

«En réalité, cette jeunesse est l'une des plus choyées, des moins contraintes et des plus "heureuses" de la planète dont la "révolte" peut d'ailleurs être vue comme une expression tout à fait éloquente», dit-il.

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