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Le juge Delisle a voulu faire passer un meurtre pour un suicide, dit la Couronne

07/06/2012 11:32 EDT | Actualisé 07/08/2012 05:12 EDT

QUÉBEC - Le comportement du juge retraité Jacques Delisle, après la mort de sa femme, démontre qu'il a tenté de camoufler un meurtre en suicide, a soutenu jeudi le procureur de la Couronne Steve Magnan.

Dans sa plaidoirie, M. Magnan a présenté sa thèse pour expliquer comment, selon lui, M. Delisle, âgé de 77 ans, a tué sa femme Nicole Rainville, âgée de 71 ans, il y a plus de deux ans dans leur appartement.

Aux jurés qui entendent le procès de M. Delisle, accusé de meurtre prémédité, M. Magnan est revenu sur la journée du 12 novembre 2009, quand l'ancien juge a appelé les services d'urgence pour dire que sa femme venait de se suicider et qu'il venait de la découvrir, une arme à feu à côté d'elle.

S'appuyant sur les déclarations d'experts qu'il a fait témoigner, M. Magnan a soutenu jeudi que M. Delisle venait plutôt de tuer sa femme d'un coup de pistolet de calibre .22 tiré dans sa tête alors qu'elle était couchée sur un canapé, sur le dos, la tête tournée vers le dossier.

L'avocat a expliqué que Mme Rainville a utilisé sa seule main valide, la gauche, pour se défendre, la portant sur sa tempe à côté du canon de l'arme, ce qui a laissé une trace de noir de fumée et de poudre qui a rapidement alerté les policiers.

«Il a tenté de masquer la scène pour la déguiser, il a déplacé des objets pour envoyer les policiers sur la piste d'un suicide», a-t-il dit.

Le procureur s'est notamment étonné que l'accusé ne présentait aucune tache de sang sur ses vêtements, à l'arrivée des policiers, alors qu'il aurait été normal qu'en la découvrant il ait voulu la toucher pour savoir si elle était encore vivante.

M. Magnan a émis des doutes sur le fait que M. Delisle se soit plutôt précipité pour enlever le chargeur du pistolet, par crainte pour sa sécurité comme il l'a dit aux policiers.

Selon le procureur, le retrait du chargeur était «pratique» parce qu'il lui permettait d'expliquer qu'il l'avait ainsi manipulé si jamais des traces de son ADN étaient retrouvées sur l'arme.

M. Magnan croit que M. Delisle s'est créé un alibi en affirmant qu'il était allé faire une course à l'épicerie au moment où son épouse se serait suicidée, notamment en raison de son absence anormalement longue compte tenu de la proximité du commerce avec sa résidence.

Le procureur trouve aussi suspect que l'accusé ait mentionné à deux reprises, aux ambulanciers venus chez-lui ainsi qu'à une infirmière à l'hôpital où il est ensuite allé, que son épouse ne souhaitait pas être réanimée.

Mercredi, réclamant l'acquittement de son client, l'avocat de la défense, Jacques Larochelle, avait insisté sur les propos suicidaires de Mme Rainville, qui était paralysée du côté droit après un accident vasculaire cérébral (AVC), en 2007, et qui avait été hospitalisée pendant trois mois, avant son décès, à cause d'une fracture de la hanche.

M. Magnan a expliqué jeudi qu'il était impossible pour Mme Rainville de se suicider avec le pistolet étant donné qu'elle n'avait qu'une main valide, la gauche.

«Avec une main, ce n'est pas possible, ça prend deux mains», a-t-il dit.

Le procureur a tenté de miner le témoignage de l'expert en balistique de la défense, Vassili Swistounoff, en critiquant des imprécisions dans ses références et son expérience.

Selon M. Magnan, étant donné sa condition, Mme Rainville n'avait pas la force d'actionner l'arme dans la position que la défense prétend qu'elle la tenait pour expliquer la présence de noir de fumée dans sa main.

Le procureur a qualifié cette façon non conventionnelle de tenir l'arme, à l'envers, la crosse vers le haut, de «loufoque».

En début de plaidoirie, M. Magnan a reconnu que Mme Rainville tenait des «propos noirs», mais ils ne signifiaient pas, à son avis, qu'elle était prête à se suicider.

Selon lui, cela témoignait plutôt d'un état de découragement normal dans les circonstances.

M. Magnan a soutenu que même si elle était difficile, la situation de Mme Rainville n'était pas désespérée. Elle bénéficiait d'aide, faisait des voyages, socialisait et n'avait pas de problèmes financiers, a-t-il souligné.

Le procureur a exposé que deux professionnelles de la santé qui ont accompagné Mme Rainville durant sa réadaptation, en septembre et octobre 2009, ont témoigné de sa tristesse mais aussi de sa volonté de passer à travers les conséquences de sa fracture de la hanche.

L'une d'elles, l'ergothérapeute Marie-Josée Tremblay, a rapporté que Mme Rainville lui avait répondu qu'elle n'était pas déprimée à cette époque, a rappelé M. Magnan.

Selon le procureur de la Couronne, ces deux témoignages sont les plus crédibles car les deux professionnelles n'ont aucun intérêt ni lien avec la famille de Mme Rainville.

Durant sa plaidoirie, M. Magnan a discrédité les témoignages du fils de l'accusé, Jean Delisle, et de sa petite-fille, Anne-Sophie Morency.

Le procureur a établi des similitudes dans leurs déclarations et selon lui, l'objectif de leurs témoignages était de contrer la preuve de la Couronne.

«On bricole quelque chose pour vous faire croire que la situation ne pouvait mener qu'à un suicide», a-t-il dit.

Le juge Claude C. Gagnon donnera la semaine prochaine ses instructions aux jurés, après quoi ils entameront leurs délibérations.

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