ROME - L'ex-président de la banque du Vatican, Ettore Gotti Tedeschi, récemment limogé, craignait pour sa vie et avait constitué un mémoire sur les conflits internes au Vatican qui a été saisi à son domicile, rapportent jeudi les media italiens et son avocat.

"Je crains pour ma vie", a déclaré l'ex-président de l'IOR (Institut pour les oeuvres de religion) aux enquêteurs, affirme le Corriere della Sera. Quand il a vu s'approcher les policiers en civil mardi, M. Gotti Tedeschi a pensé qu'il s'agissait de tueurs, selon La Stampa.

Selon ce journal, un mémoire, volumineux, que le parquet de Naples a transmis mercredi soir au parquet de Rome, a été saisi pendant les perquisitions mardi dans sa résidence à Piacenza (nord) et dans un de ses bureaux milanais. M. Gotti Tedeschi y évoquait la lutte pour la transparence dans la gestion du Vatican.

Aux passages les plus délicats de ce mémoire, qui touche les dossiers où sa gestion a été contestée, M. Gotti Tedeschi aurait joint des documents, des courriels et des lettres, selon La Stampa.

Dans un communiqué, l'avocat de M. Gotti Tedeschi, Me Fabio Palazzo, a tenu à préciser que son "client n'a consigné spontanément, de sa propre décision, aucun matériel aux magistrats", ces derniers l'ayant acquis à travers une perquisition.

"Dans le matériel séquestré, il y avait des notes de travail qui contenaient des éléments utiles pour contrecarrer les accusations qui ont été portées contre lui quand il a été désavoué dans son rôle de président de l'IOR", a reconnu Me Palazzo.

L'avocat a encore précisé que mercredi "M. Gotti Tedeschi avait répondu aux demandes des procureurs de Rome dans le cadre d'une procédure ouverte il y a plus d'un an dans laquelle il n'est pas sous enquête, et qui aurait pour objet une hypothèse de recyclage".

L'avocat n'a pas évoqué les craintes pour sa vie. Selon Il Fatto quotidiano, ces craintes étaient telles qu'il "avait engagé des gardes du corps privés et contacté une agence de détectives privés pour sa protection".

Il n'a pas non plus confirmé que M. Gotti Tedeschi ait remis des copies de ses archives à des amis de confiance.

M. Gotti Tedeschi avait été entendu mercredi comme témoin assisté dans le cadre d'une enquête menée à Rome sur une affaire de blanchiment d'argent sale à l'IOR. Il a aussi été interrogé à Milan par plusieurs magistrats.

Le 24 mai, le conseil d'administration de l'IOR avait limogé M. Gotti Tedeschi, lui reprochant des erreurs de gestion et des indiscrétions.

Nommé en 2009, M. Gotti Tedeschi avait pour mission de permettre au Vatican de rejoindre la "white list" des pays non soupçonnés de permettre le recyclage de l'argent sale.

Une décision d'experts du Conseil de l'Europe est attendue à ce sujet début juillet, et pourrait, selon certaines sources informées, être négative.