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Des dizaines de Syriens tués dans un nouveau massacre, selon l'opposition

07/06/2012 04:12 EDT | Actualisé 06/08/2012 05:12 EDT

Des dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, ont été tuées dans un nouveau massacre en Syrie imputé au régime par l'opposition qui a appelé jeudi à deux jours de deuil et de manifestations.

Dans ce contexte macabre, l'émissaire international Kofi Annan, qui commence à entrevoir l'échec de son plan de paix, devait s'adresser au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale à l'ONU, pour proposer un groupe de contact élargi à plusieurs pays pour le faire respecter ou trouver un "plan B".

Moins de deux semaines après le carnage de Houla qui avait provoqué un tollé international, le Conseil national syrien (CNS), principale coalition de l'opposition, et l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH) ont fait état d'un nouveau massacre mercredi à Al-Koubeir dans la région de Hama (centre).

Le CNS a parlé, dans un dernier bilan, de "80 personnes, dont 22 enfants et 20 femmes massacrés dans la localité d'Al-Koubeir par le régime criminel d'Assad", alors que le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, a fait état de 87 morts en soulignant que le bilan n'était pas définitif.

Le gouvernement syrien a démenti qu'un tel massacre ait eu lieu. "Ce que quelques médias ont rapporté sur ce qui s'est passé à Al-Koubeir est complètement faux", a-t-il dit, en affirmant qu'"un groupe terroriste a commis un crime haineux dans la région de Hama qui a fait 9 victimes".

Il n'était pas possible de confirmer de source indépendante ces informations, alors que les médias étrangers sont soumis à des sévères restrictions imposées par le régime syrien depuis le début en mars 2011 de la révolte populaire réprimée dans le sang.

Selon des militants, les observateurs internationaux, déployés depuis avril dans le pays et censés surveiller un cessez-le-feu quotidiennement violé, étaient en route pour Al-Koubeir.

Le CNS a appelé à un deuil national et à intensifier les manifestations jeudi et vendredi pour protester contre ce nouveau massacre.

Un porte-parole du CNS, Mohammed Sermini, a accusé "les forces du régime et ses milices, les chabbiha, de l'avoir commis". Des habitants, parmi lesquels des enfants de moins de deux ans, ont été tués à coups de couteaux, et une famille de 24 personnes a été anéantie, selon lui.

Selon l'OSDH, le massacre a eu lieu après des bombardements et des miliciens ont ensuite pénétré dans le village et ont tué les habitants par balles et à l'arme blanche.

Une vidéo du CNS a montré le cadavre d'un bébé, celui d'un homme qui semblait gravement brûlé et d'autres corps enroulés dans des couvertures. Sur d'autres images diffusées par des médias arabes apparaissaient les corps de deux nourrissons et de plusieurs enfants, couverts de linceuls blancs, avec le nom de chacun inscrit sur une feuille de papier.

La confrérie des Frères musulmans a averti, dans un communiqué, que "le régime d'Assad et ses chabbiha poursuivront leurs actes tant que les civils désarmés ne trouveront pas le moyen de se défendre eux mêmes".

"La communauté internationale dont les pays arabes et islamiques voisins ont une part de responsabilité dans la poursuite des massacres perpétrés par Assad et ses milices", a-t-elle ajouté face à l'impuissance des grandes puissances à surmonter leurs divisions en vue d'une solution en Syrie.

Le 25 mai, au moins 108 personnes, dont 49 enfants et 34 femmes, ont été massacrées à Houla (centre). La rébellion et le régime se sont rejeté la responsabilité, alors qu'un haut responsable de l'ONU a dit que "de forts soupçons" pesaient sur les milices pro-régime.

Malgré la poursuite des violences, et des morts qui se comptent tous les jours par dizaines, la Russie et la Chine, alliés du régime syrien, se sont de nouveau déclarées hostiles à toute ingérence en Syrie.

Dans un communiqué jeudi, l'organisation de Coopération de Shanghai (OCS) où Moscou et Pékin jouent un rôle prédominant, s'est dite opposée à "toute intervention militaire au Moyen-Orient", à toute imposition d'un changement de régime ou à sanctions unilatérales.

La veille, le chef de la diplomatie Sergueï Lavrov a averti qu'un changement par la force du régime pourrait conduire la région à une "catastrophe".

Face à eux, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, réunie à Istanbul avec ses alliés occidentaux et arabes, a appelé mercredi soir à un transfert total du pouvoir en Syrie à un gouvernement de transition et à appliquer de manière ferme les sanctions contre ce pays.

Son collègue au Trésor Timothy Geithner a estimé que les Etats-Unis seraient prêts à soutenir une action contraignante de l'ONU dans le cadre du chapitre VII "en l'absence de signes sérieux de conciliation de la part du régime Assad". Ce chapitre permet d'isoler totalement un pays par un régime contraignant de sanctions.

Face à la répression, la contestation s'est militarisée et les combats se sont intensifiés entre rebelles et soldats. Plus de 13.400 personnes, la plupart des civils tués par les forces régulières, ont péri en Syrie en 15 mois, selon l'OSDH.

bur-tp/sw

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