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Des corps carbonisés témoignent du massacre d'Al-Koubeir en Syrie

07/06/2012 09:26 EDT | Actualisé 07/08/2012 05:12 EDT

Des corps carbonisés de femmes et d'enfants gisent dans des maisons à Al-Koubeir, victimes d'un massacre commis par les forces du régime mercredi dans cette zone rurale du centre de la Syrie, selon un témoin et des militants.

"Des corps brûlés d'enfants, de femmes et de jeunes filles gisent à même le sol", raconte par téléphone à l'AFP Laith, un jeune villageois qui vit à proximité d'Al-Koubeir, un petit village dans la province majoritairement sunnite de Hama, où vivent quelque 150 éleveurs et fermiers.

"Ce que j'ai vu est inimaginable. Ca a été un massacre horrible (...) les gens ont été exécutés et (leurs corps) brûlés. Les corps des hommes jeunes ont été emportés", rapporte Laith d'une voix tremblante.

Il préfère taire son nom de famille, craignant d'être la cible de représailles de la part des forces du régime.

Ces informations ne peuvent être vérifiées de manière indépendante en raison des importantes restrictions imposées aux journalistes en Syrie.

Au moins 55 personnes ont été tuées dont 49 à Al-Koubeir et six dans un village voisin, a indiqué jeudi à l'AFP le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, ajoutant que "parmi les victimes, figurent 18 femmes et enfants".

Selon Laith, qui vit dans un village proche d'Al-Koubeir, "pas une seule manifestation" anti-régime ne s'y est déroulée depuis le début du soulèvement à la mi-mars 2011.

Le massacre a commencé vers 14H00 mercredi (11H00 GMT). La zone était cernée par des chars et "les troupes ont commencé à bombarder Al-Koubeir, sans cesser jusqu'à 20H00", se souvient-il.

Les chabbiha, des milices pro-régime, arrivées de régions alaouites proches, sont ensuite entrées dans Al-Koubeir, a-t-il poursuivi. "Ils avaient des armes à feu et des couteaux".

Les Alaouites détiennent depuis 1970 les postes-clés du pouvoir en Syrie, dont le président Bachar al-Assad est lui-même de confession alaouite, une branche minoritaire de l'islam chiite.

"Des gens de ce village que je connais m'ont dit que la nuit dernière, les miliciens des chabbiha ont bu et dansé autour des corps, scandant des slogans en hommage à Bachar al-Assad", a ajouté Laith.

Les observateurs ont été appelés "une trentaine de fois", a-t-il dénoncé. "Mais ils ne sont pas venus. (...) Nous ne pouvons tout simplement plus accepter cela", s'est-il emporté.

Les observateurs de l'ONU déployés en Syrie ont été empêchés jeudi, notamment "par des barrages de l'armée", de se rendre à Al-Koubeir, a annoncé le chef de la mission, le général Robert Mood. Ils ont essuyé des tirs, qui n'ont pas fait de blessés, mais tenteront à nouveau vendredi de se rendre sur les lieux, selon un porte-parole de l'ONU.

Plusieurs manifestations et des grèves pour dénoncer le massacre ont eu lieu jeudi à Hama où des militants ont également pointé du doigt les chabbiha.

"Je pense qu'ils ont demandé aux voyous de remettre un message au peuple syrien disant +soit vous êtes avec nous, soit contre nous+", a estimé Abou Ghazi al-Hamwi, un militant s'exprimant sous un faux nom.

"Le régime ne sait plus quoi faire pour arrêter la révolte. Il essaie de prouver que c'est une guerre, non un soulèvement", a-t-il déclaré, joint via Skype par l'AFP.

"La violence est pire dans les zones où sunnites et alaouites cohabitent. Le régime essaie de diviser la société", a-t-il ajouté précisant qu'il avait parlé à un survivant qui avait perdu "35 membres de sa famille".

Lui aussi a reproché aux observateurs de l'ONU de ne pas être arrivés rapidement sur le site.

"Quand l'armée s'est déployée et que le bombardement de 20 à 25 maisons a commencé, des militants ont appelé les observateurs, qui leur ont répondu qu'ils ne pouvaient pas s'y rendre car il était tard", a-t-il ajouté.

Pour Moussab al-Hamadi, un autre militant basé à Hama: "le régime veut provoquer des affrontements sectaires dans le pays".

"Tout le monde ici dépend de l'Armée syrienne libre (ASL, composée de déserteurs de l'armée). La communauté internationale nous a lâchés", a-t-il estimé.

A la question de savoir pourquoi les forces gouvernementales avaient visé une zone agricole, dépourvue de bases de l'ASL, M. Hamwi a répondu que "le régime veut s'assurer que le mouvement (révolutionnaire NDLR) à Hama est brisé", car dans cette province "les druzes, les chrétiens, les alaouites et les Ismaéliens manifestent tous ensemble contre le régime".

"Hama est un lieu important pour la révolte car les gens de toutes les confessions sont unis ici", a affirmé M. Hamwi.

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