NOUVELLES

Plus loin des groupes armés: des Maliens réfugiés dans l'ouest du Niger

06/06/2012 06:57 EDT | Actualisé 06/08/2012 05:12 EDT

Dans la canicule et le vent de poussière, des centaines de réfugiés maliens débarquent avec sacs et baluchons. Les voilà désormais dans un nouveau camp situé près d'Ayorou, dans l'ouest du Niger, un peu plus loin des groupes armés du nord du Mali.

"Ici, c'est mieux: je vois des toilettes et même un centre de soins", sourit Fatmata en foulant le sol brûlant et rocailleux. La jeune femme écrase des gouttes de sueur avec le voile bleu qui lui couvre la tête.

Près d'elle, des enfants, pieds nus et ventre ballonné, tiennent en laisse des chèvres squelettiques.

Estimés à plus d'un millier, ces Maliens ont quitté à bord de camions loués par le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) leur premier asile nigérien, très proche de la frontière et où ils vivaient dans des conditions désastreuses. Ils sont arrivés fin mai dans le nouveau camp du HCR, près d'Ayorou, dernière grande ville du Niger avant le Mali.

C'est le temps du soulagement pour ces familles qui ont fui le nord de leur pays, en proie aux combats depuis janvier avant de tomber fin mars aux mains de rebelles touareg et d'islamistes armés.

Mahama Kaboulabar, chef d'un village malien, jette un regard sur le camp où des tentes blanches se dressent sur plusieurs hectares, au milieu d'arbres épineux et rabougris. Des manoeuvres creusent des fosses pour les toilettes, installent un système d'eau potable. Des ouvriers mettent la dernière main au centre de soins.

"A notre arrivée" sur le premier site, un camp de fortune, "personne ne s'occupait de nous, les vieux et les enfants tombaient malades, certains mouraient sans assistance", raconte à l'AFP Mahama Kaboulabar.

A terme, le nouveau camp sera l'un des plus gros du pays et doit regrouper 13.000 réfugiés venus de cinq sites de la région. L'ONU a recensé 41.000 réfugiés maliens au Niger, mais déplore que seulement 33% des 450 millions de dollars nécessaires aient été réunis.

Face à l'afflux de réfugiés, le HCR et Niamey ont décidé d'installer ceux-là plus loin de la frontière.

"S'il sont trop proches de la frontière, on ne peut pas garantir leur sécurité ni leur apporter une aide humanitaire appropriée. Alors nous avons jugé nécessaire de les déplacer à l'intérieur, loin de la frontière", explique Assiama Amah, une responsable locale du HCR.

"On ne sait jamais. Près de la frontière, ils peuvent être pris entre deux feux", si jamais l'armée du Niger venait à s'affronter aux groupes armés du Mali dans la zone frontalière, glisse un officier nigérien. "Mieux vaut prévenir", dit-il. Des soldats, fusils en bandoulière, veillent sur le site.

"Les rebelles sont juste en face, dans les camps abandonnés par l'armée malienne du Labezanga, à 6 km de la frontière", souligne le gradé.

Après de récentes rumeurs d'attaques, l'armée nigérienne a renforcé sa présence dans la zone. Des véhicules lourdement équipés sont postés derrière des collines, des obstacles dressés sur la chaussée et des postes de contrôle visibles jusqu'à la frontière.

Mais la protection de ceux qui fuient le chaos malien est-elle suffisante? Le nouveau camp n'est qu'à 38 km de la frontière, alors que le standard minimum est de 50 km, proteste un membre d'une ONG internationale. "Pourquoi appliquer les règles ailleurs et pas ici?"

D'après leurs témoignages, les réfugiés quittent désormais le Nord malien, où la liste des exactions s'allonge chaque jour, surtout à cause des "bandits" qui prospèrent en pleine anarchie.

"C'est le +Far West+, les bandits font des razzias et violent les femmes", dit Abdoul-Kader Abdoul-Salam, un fonctionnaire malien. "Quand ils arrivent, ils tirent d'abord en l'air pour semer la panique".

Pour lui comme pour les autres réfugiés, pas d'autre choix que l'exil. "Il n'y a plus rien là-bas", soupire Hamadou Diallo, directeur d'école. "Plus de magasins, plus d'argent, plus de dispensaires, plus d'écoles, rien que du sable du désert!"

bh/tmo/ej

PLUS:afp