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Netanyahu impose sa solution au lobby des colons tout en les ménageant

06/06/2012 12:54 EDT | Actualisé 06/08/2012 05:12 EDT

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a dicté mercredi ses conditions au lobby des colons en empêchant au Parlement l'autorisation rétroactive d'habitations bâties sur des terres privées palestiniennes, tout en annonçant la construction de 300 logements.

Beit El "va être agrandie et 300 nouvelles familles vont s'y installer", déclaré M. Netanyahu après le rejet d'une proposition de loi autorisant a posteriori des maisons construites sur des terres privées palestiniennes dans le quartier de l'Oulpana à Beit El, près de Ramallah en Cisjordanie.

"La loi rejetée aujourd'hui aurait nui à l'entreprise de colonisation", a estimé le Premier ministre, sensible aux répercussions internationales d'une telle décision.

"Aucun gouvernement ne soutiendrait davantage l'entreprise de colonisation que celui que je dirige", a-t-il assuré, à l'intention notamment des quelque 2.000 manifestants pro-colonisation rassemblés devant la Knesset (Parlement), qui ont protesté contre le vote des députés, accusant M. Netanyahu de "trahison".

"Des Juifs ne chassent pas des Juifs !", ont-ils scandé après le vote.

La police a fait état de cinq arrestations de manifestants qui tentaient de barrer l'accès à la Knesset ou à Jérusalem.

Le président palestinien Mahmoud Abbas, en visite à Paris, a condamné l'annonce de nouveaux logements dans la colonie.

"Nous condamnons fermement la décision de Netanyahu de nouvelle colonisation dans les territoires palestiniens, qui entravent les efforts pour faire avancer le processus de paix", a déclaré à l'AFP le porte-parole de M. Abbas, Nabil Abou Roudeina.

La proposition de loi, visant à contourner une décision de la Cour suprême ordonnant le démantèlement de cinq maisons construites sur un terrain palestinien privé dans le quartier d'Oulpana à Beit El, a été rejetée par 69 voix contre 22 (sur 120 députés).

M. Netanyahu, fort d'une majorité de 94 sièges, a durci le ton mardi soir, en menaçant de limoger tout ministre qui voterait pour, selon les médias.

Il a proposé un plan alternatif prévoyant de transporter les bâtiments dans un secteur voisin.

Après des hésitations, le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman, chef du parti de droite nationaliste Israël Beiteinou, un des piliers de la coalition (15 députés), a annoncé mercredi matin qu'il se ralliait à la position du chef du gouvernement.

Deux ministres proches des colons, Youli Edelstein (Diplomatie publique et Diaspora, Likoud, le parti de M. Netanyahu) et Daniel Herschkowitz (Sciences et Technologie) qui avaient exprimé l'intention d'apporter leur voix au texte, n'ont finalement pas participé au vote.

Dans un communiqué publié juste avant le vote, l'Association pour les droits civiques en Israël (ACRI), a souligné que les textes présentés "franchissaient une nouvelle et grave étape: ordonner la confiscation de propriétés privées (...) violant une des plus claires interdictions du droit international".

"Qui plus est, ces propositions de loi tentent d'estomper la différence entre l'Etat d'Israël et les territoires occupés. Les députés ignorent - soit sciemment soit par pure ignorance - le fait que la Knesset n'est en aucun cas habilitée à légiférer pour les territoires occupés", selon le texte.

La Cour suprême d'Israël a ordonné le 7 mai le démantèlement des habitations incriminées au 1er juillet, rejetant la demande du gouvernement de surseoir à cette mesure jusqu'au 1er août.

Aux yeux de la communauté internationale, toutes les colonies sont illégales, qu'elles aient ou non été autorisées par le gouvernement.

Plus de 340.000 colons israéliens vivent en Cisjordanie et quelque 200.000 dans des quartiers de colonisation à Jérusalem-Est occupé et annexé.

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