WASHINGTON - Alors que le « Printemps érable » continue d'éclore en ce début d'été, des activistes du mouvement Occupy organisent leurs propres manifestations à travers les États-Unis dans l'espoir d'attirer l'attention sur le problème de l'endettement étudiant.

Les étudiants québécois se sont mobilisés pour contrer une hausse d'environ 75 pour cent des frais de scolarité universitaires au cours des cinq prochaines années. Depuis un mois et demi, les rues de Montréal sont le théâtre de marches nocturnes prétextes à de bruyants concerts de casseroles. Les négociations entre le gouvernement du Québec et les trois principales associations étudiantes ont atteint un cul-de-sac, mais cela n'empêche nullement des centaines de jeunes Américains de hausser le ton et de manifester leur solidarité. Le bruit des casseroles résonne désormais de Washington à Oakland.

« Les activistes ont pris conscience de leur vulnérabilité lorsqu'ils sont divisés, et de leur force lorsqu'ils restent unis », a affirmé Sam Jewler, du groupe Occupy DC, qui s'est mobilisé en appui aux étudiants québécois le 1er juin. « La solidarité vaut son pesant d'or. Si un dixième des manifestants canadiens savent que nous avons marché dans les rues de Washington, ils vont inciter les autres à redoubler d'efforts. »

Occupy Wall Street a été le premier groupe à organiser des manifestations en appui aux étudiants québécois, le 22 mai. La semaine dernière, des organisations similaires ont emboîté le pas à Boston, Austin, Oakland, Denver et Washington. Occupy Chicago prévoit se rallier au mouvement ce mercredi.

« La sympathie envers les étudiants, à l'extérieur du Québec, est absolument remarquable », a affirmé Tim McSorley, journaliste à la Coop média de Montréal. « Après 110 jours de manifestations, cette attention internationale nous aide à garder le momentum. »

Les rassemblements américains sont de faible envergure pour l'instant. À Washington, à peine 25 personnes ont manifesté le 1er juin. Il faut cependant spécifier qu'une alerte de tornades avait été émise dans la région. À Manhattan, la foule a atteint 200 personnes à quelques reprises au cours des deux dernières semaines. On peut tout de même en conclure que les étudiants canadiens et américains partagent les mêmes inquiétudes par rapport à l'endettement.

Le slogan « carrément dans le rouge » - associé au carré rouge arboré par les grévistes québécois - n'est pas tombé dans l'oreille d'un sourd aux États-Unis.

« À l'heure actuelle, le diplômé universitaire américain subit une forme d'esclavage financier », a affirmé Dan Massoglia. Cet étudiant en droit et attaché de presse d'Occupy Chicago est catégorique : « Les frais de scolarité sont beaucoup plus bas au Québec que dans notre pays, mais suffisamment élevés pour placer le diplômé dans une situation précaire au moment où il quittera l'université. »

Au Québec, la facture universitaire avoisine 2500 $ par année et la dette moyenne, pour un diplômé de premier cycle, tourne autour de 13 000 $. Pour le Canada dans son ensemble, la dette étudiante totalise 20 milliards $. Ce montant apparaît dérisoire lorsqu'on le compare au billion de dollars dus par les diplômés américains. Le niveau d'endettement catastrophique des étudiants au sud de la frontière a de quoi inquiéter leurs homologues québécois, qui craignent que la hausse annoncée des frais de scolarité ne les entraîne dans le même gouffre. Pour leur part, les activistes américains ne manquent pas d'être inspirés par les frais de scolarité historiquement plus bas au Canada qu'aux États-Unis.

À Manhattan, les organisateurs des manifestations de solidarité sont des étudiants de deuxième cycle de la City University of New York, qui tentent de contrer une hausse de 1500 $ de leurs propres frais de scolarité au cours des cinq prochaines années. À Chicago, la Coalition Against Corporate Higher Education organise une marche ce mercredi, après avoir effectué un sit-in à l'Université DePaul, au mois de mars, dans un but similaire.

« Pour avoir des frais de scolarité abordables comme au Québec, on devra se mobiliser comme les étudiants du Québec », a affirmé Dan Massoglia.

Le grand tintamarre au nord de la frontière permet d'ailleurs à Occupy de revoir sa stratégie et de se donner une nouvelle légitimité. Le mouvement souffre en effet d'une certaine désaffection de la part des médias et des militants moins endurcis.

Les manifestations quotidiennes, au Québec, semblent avoir mobilisé la même énergie qui soutenait les rassemblements de l'automne dernier. Les étudiants québécois défient les autorités et se moquent de la Loi 78, qui criminalise toute marche de plus de 50 personnes dont le trajet n'aurait pas été approuvé par la police avec un préavis d'au moins huit heures. Le mouvement Occupy, pour sa part, apparaît léthargique depuis que ses campements, établis dans la plupart des centres-villes américains, ont été démantelés aux mois de novembre et de décembre.

« La capacité des Québécois à faire sortir des centaines de milliers de personnes dans les rues, une fois par mois à ce qu'il paraît, donne à réfléchir », a ajouté Sam Jewler d'Occupy DC. « On n'a pas vu ça aux États-Unis depuis très longtemps. Que la conscience sociale atteigne un niveau aussi élevé, dans un pays voisin, me donne un véritable coup de fouet. Je me demande quoi faire pour qu'on puisse atteindre ce degré de mobilisation. »


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  • 39e manifestation nocturne; 1er juin 2012

    (Crédit Photo: PC / Graham Hugues)

  • 39e manifestation nocturne; 1er juin 2012

    (Crédit Photo: PC / Graham Hugues)

  • 39e manifestation nocturne; 1er juin 2012

    (Crédit Photo: PC / Graham Hugues)

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    (Crédit Photo: PC / Graham Hugues)

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