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Moscou et Pékin contre toute intervention en Syrie, réunion à Istanbul

06/06/2012 08:53 EDT | Actualisé 06/08/2012 05:12 EDT

La Russie et la Chine, alliés du régime syrien, se sont déclarées mercredi résolument hostiles à toute "intervention" et tout changement de régime en Syrie malgré la répression dans le sang d'une révolte populaire lancée il y a 15 mois.

Les Etats-Unis ont indiqué de leur côté être prêts à soutenir une action contraignante de l'ONU contre la Syrie, dans le cadre du chapitre VII de la Charte des Nations unies comme l'avait demandé la Ligue arabe.

Ces déclarations surviennent à quelques heures d'une réunion à Istanbul de la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton avec des représentants de la Turquie, la France et la Grande-Bretagne ainsi qu'avec certains ministres arabes pour parler du dossier syrien.

La communauté internationale ne parvient pas à surmonter ses divisions sur le dossier syrien, Moscou et Pékin rejetant tout ingérence dans les affaires syriennes et les Occidentaux et certains pays arabes voulant une transition politique devant aboutir au départ du président Bachar al-Assad.

"La Russie et la Chine sont résolument opposées à des tentatives en vue de régler la crise en Syrie par le moyen d'une intervention militaire étrangère, de même qu'en vue d'imposer un changement de régime", ont affirmé ces deux pays à l'issue de la visite à Pékin du président Vladimir Poutine.

Son chef de la diplomatie Sergueï Lavrov a averti qu'un changement par la force du régime pourrait conduire la région à une "catastrophe".

La Chine et la Russie, qui ont mis leur veto à deux résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU condamnant le régime Assad, ont en outre demandé une conférence internationale pour "se mettre d'accord pour suivre, honnêtement et sans ambiguïtés, le plan" de l'émissaire international Kofi Annan, prévoyant un cessez-le-feu et un dialogue politique, mais resté lettre morte.

Mme Clinton a déclaré qu'elle réserverait son jugement sur cette proposition.

Risque de "génocide"

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M. Annan, qui doit s'adresser jeudi devant l'ONU, va proposer que les Occidentaux, la Russie et la Chine, et peut-être même l'Iran et plusieurs pays arabes, forment un nouveau groupe de contact pour convaincre Damas d'engager un dialogue politique avec son opposition, ont indiqué des diplomates.

L'émissaire international commence à entrevoir l'échec de son plan et souhaite que la communauté internationale pèse de tout son poids pour le faire respecter ou trouver un "plan B", selon des diplomates.

"En l'absence de signes sérieux de conciliation de la part du régime al-Assad, nous irons bientôt tout droit dans cette direction", a dit pour sa part le secrétaire au Trésor américain Timothy Geithner, faisant référence au chapitre VII, qui permet d'isoler totalement un pays par un régime contraignant de sanctions.

La Ligue arabe a demandé samedi à l'ONU de recourir au Chapitre VII pour imposer rupture des relations diplomatiques et sanctions à la Syrie.

Cette clause prévoit aussi la possibilité d'un recours à la force en cas de menaces contre la paix, mais la Ligue arabe a indiqué n'avoir "demandé aucune action militaire".

Le ministre italien des Affaires étrangères Giulio Terzi a lui jugé qu'il existait un risque de "génocide" si la communauté internationale n'intervenait pas rapidement.

Sur le terrain, au moins quarante-six personnes ont été tuées dans les violences, notamment dans des combats entre les forces gouvernementales et l'Armée syrienne libre (ASL, composée essentiellement de déserteurs), qui se multiplient, rapporte l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

A Damas, de violents accrochages ont notamment opposé les rebelles aux forces régulières postées à des barrages dans les quartiers de Qaboune et de Techrine. Des tirs nourris ont été entendus dans le quartier de Jobar et une explosion a été entendue dans le quartier de Roukneddine. De violents combats ont lieu depuis le matin dans plusieurs localités proches.

Plus de 13.400 personnes, la plupart des civils tués par les forces régulières, ont péri en Syrie depuis près de 15 mois, selon l'OSDH. Les violences ont en outre entraîné la fuite de dizaines de milliers de Syriens dans les pays voisins.

Sur le plan politique, M. Assad a demandé au ministre de l'Agriculture, Riad Hijab, de former un gouvernement après les législatives du 7 mai remportées par le parti Baas au pouvoir depuis près de 50 ans et raillées par la communauté internationale.

Réunis mercredi à Doha, des hommes d'affaires syriens ont annoncé la création d'un fonds de 300 millions de dollars pour soutenir les rebelles.

bur-rm/vl/hj

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