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Joyce Banda, une présidence modeste pour faire revenir les donateurs du Malawi

06/06/2012 02:23 EDT | Actualisé 05/08/2012 05:12 EDT

Abandon du jet présidentiel, revente de la flotte de Mercedes, cure d'austérité pour le gouvernement: Joyce Banda, la nouvelle présidente du Malawi, a pris le taureau des dépenses somptuaires par les cornes, dans l'espoir de faire revenir les donateurs internationaux.

"Il y a un besoin urgent dans notre pays de changer la façon dont nous faisons les choses", dit la cheffe de l'Etat, ancienne vice-présidente investie du pouvoir début avril à la suite du décès brutal de son prédécesseur Bingu wa Mutharika.

L'objectif n'est pas seulement l'affichage de bonnes intentions: il s'agit avant tout de convaincre les bailleurs de fonds internationaux de reprendre leur aide au Malawi, manne vitale gelée depuis 2011 en raison de la mauvaise gestion de l'équipe précédente.

Joyce Banda, 62 ans, a commencé par demander que l'Etat remette en vente les 60 limousines Mercedes utilisée par les ministres et les hauts fonctionnaires.

Mais elle souhaite surtout se débarrasser du jet de 10 millions d'euros, dont l'acquisition par Mutharika en 2009 avait fait scandale.

"Mon gouvernement a mis en place un comité ministériel pour décider quoi faire de l'avion présidentiel: soit le vendre, soit le louer", a expliqué Mme Banda. Selon les experts, la simple maintenance de l'appareil coûte plus de 270.000 euros par an.

"Je peux prendre des avions privés, j'ai l'habitude de faire du stop", a plaisanté Mme Banda dans une récente interview à un quotidien britannique.

Le jet était devenu un symbole de l'autocratie et des dérives de Mutharika, sur la fin de son second mandat. Les Malawites n'ont pas oublié sa réplique, restée fameuse: "C'est notre jet à nous, et il ne nous revient pas cher. On paye 700 dollars de l'heure pour l'utiliser. Si on devait en louer un, ça nous reviendrait à 10.000 dollars de l'heure."

Près de 40% des 13 millions d'habitants du Malawi vivent avec moins d'un dollar par jour.

C'est après l'achat du jet que la Grande-Bretagne, principal donateur, a commencer à réduire son aide au Malawi en 2009. En 2011, les 25 millions d'euros d'aide annuelle de Londres ont été totalement suspendus. Un coup terrible pour un budget dépendant à 40% de l'aide internationale.

L'escadre motorisée de la présidence est également dans le collimateur de Mme Banda. Bien qu'elle soit un spectacle apprécié, et que les habitants des campagnes aient pris l'habitude de se rassembler au bord des routes à chaque sortie du chef de l'Etat pour voir défiler la trentaine de véhicules --essentiellement de lourds et puissants 4x4 cruisers, Hummers, Mercedes et Land-Rover--, la nouvelle présidente a demandé à ses conseillers "comment faire pour réduire cette escorte à une taille simplement nécessaire".

Joyce Banda, qui n'a de cesse de faire la liste des problèmes de son pays, chômage, pénurie de carburant, manque de devises, etc., estime que le Malawi "vit depuis longtemps au-dessus de ses moyens, dépense trop, emprunte pour se maintenir à flot, et ne gagne pas assez, alors que le gouvernement dépense plus que ce qu'il gagne".

Le mois dernier, à la demande du Fonds monétaire international (FMI), la Banque centrale a dévalué de 48% le kwacha, la monnaie nationale. Ce que Mutharika s'était toujours refusé à faire, repoussant d'autant un prêt de 63 millions d'euros promis par le Fonds. C'est ce gel de l'aide du FMI qui a dramatiquement privé le pays de devises.

"Ayant vu où allait le pays, la présidente devait prendre des décisions stratégiques, parce que nous étions à la croisée des chemins", a dit à l'AFP un militant des droits de l'homme, Macdonald Sembereka, ancien opposant aujourd'hui conseiller de la présidente Banda pour les affaires religieuses.

Le projet de vente du jet présidentiel, selon lui, "est un pas dans la bonne direction".

"Personne, aucune clique, ne devrait s'offrir le confort aux dépens de la population entière", ajoute ce prêtre anglican. "Le Malawi est plus grand qu'une seule personne, et la richesse nationale ne doit pas être monopolisée!"

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