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JO-2012 - Sénégal: les Jeux, rêve ultime de l'exemplaire Isabelle Sambou

06/06/2012 05:25 EDT | Actualisé 06/08/2012 05:12 EDT

Après avoir manqué le train pour Pékin en 2008, un crève-coeur, la Sénégalaise Isabelle Sambou, sextuple championne d'Afrique de lutte féminine, s'est qualifiée à 31 ans pour les jeux Olympiques de Londres, rêve ultime d'une carrière exemplaire.

La tête aux JO, Isabelle Sambou s'entraîne à Thiès (environ 70 km à l'est de Dakar) au Centre national d'éducation populaire et sportive (CNEPS), où est implanté depuis quelques années le pôle africain de la Fédération internationale des luttes associées (Fila).

Elle fait partie d'un groupe d'une quarantaine de lutteurs dirigé par le Nigérian Victor Kodei, douze fois champion d'Afrique et qui a participé à quatre jeux Olympiques, assisté du Bulgare Nicolaï Mintchev.

Pour les entraînements, Isabelle arrive en claquettes, gainée dans sa tenue de lutteuse. La salle est une grande pièce jonchée de tapis tricolores de lutte avec, aux murs, une dizaine de ventilateurs censés rendre supportable la chaude moiteur du mois de mai finissant.

A 31 ans, cette femme de 1,63 m, concentrée sur l'objectif, l'entraînement et la récupération, est la capitaine du groupe. "Elle est irréprochable", explique le coach Victor Kodei. "Son engagement à l'entraînement, l'intensité qu'elle y met, font d'elle un exemple à suivre."

Pour Didier Favori, expert technique de l'ambassade de France à Dakar chargé du développement de la lutte en Afrique, elle est "une vraie lutteuse dans l'âme".

Née dans un village près de Ziguinchor, en Casamance (sud), Isabelle Sambou découvre la lutte auprès de ses grands-frères qui pratiquent celle dite traditionnelle.

Dans cette région, la fin des travaux agricoles marque le début des tournois de lutte. Isabelle, qui se mesure quotidiennement à ses frères, y est vite repérée par des techniciens régionaux qui décident de l'aiguiller vers la lutte olympique.

Amoureuse de son sport, soutenue par sa famille, elle décide de tout donner pour cet art, malgré l'image négative que véhicule au Sénégal une femme pratiquant un sport de combat.

"J'ai toujours dû lutter deux fois plus", explique-t-elle dans un large sourire. "Une femme dans mon pays a du mal à faire respecter son choix. Il y a une semaine encore, au marché, un homme à qui j'ai dit que j'étais lutteuse s'est écrié comme si c'était un malheur ! Il a à peine changé d'avis lorsque je lui ai dit que j'étais six fois championne d'Afrique."

Isabelle est fière de son parcours. La lutte est sa vie, dit-elle, ajoutant que malgré les difficultés, ce sport lui a permis d'avoir une autre destinée. Car grâce à la lutte, elle a appris le français, se débrouille en anglais, a parcouru une bonne partie de la planète pour concourir et s'entraîner.

"Je fais quelque chose de noble", assène-t-elle fièrement, "je n'ai pas honte, je suis fière, je représente mon pays partout et je fais de mon mieux. Et être présente à Londres cet été me remplit de joie."

Pour elle, les JO sont le rêve ultime d'une carrière exemplaire, après d'énormes efforts pour obtenir sa qualification.

Isabelle Sambou, qui lutte en -51 Kg, catégorie non olympique, a dû descendre en -48 Kg pour se qualifier pour Londres, "et trois kilos à perdre pour une athlète de son niveau, ce sont des sacrifices que l'on n'imagine pas", explique Didier Favori.

Isabelle a réussi l'impensable pari.

"C'est un rêve, dit-elle, les yeux pétillants. "Parfois, dans mon lit, je suis à Londres et je lutte déjà. Puis je me réveille et je me rends compte que je n'y suis pas encore", raconte cette femme qui vise désormais la plus haute marche, "car je m'entraîne pour ça" !

str/cs/chc

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