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Euro-2012: la victoire comme une thérapie pour les pays malades de la crise

06/06/2012 11:05 EDT | Actualisé 06/08/2012 05:12 EDT

Alors que leurs économies sont au coeur de la tourmente financière qui menace la zone euro, certaines sélections nationales, qualifiées pour l'Euro-2012 de football, veulent redonner, sur le terrain, fierté et courage à leurs pays soumis à de sévères mesures d'austérité.

Surnommés avec mépris, les PIIGS (porcs en anglais) par une partie des milieux financiers qui fustigent la fragilité de leurs économies, le Portugal, l'Italie, l'Irlande, la Grèce et l'Espagne, sont tous les cinq qualifiés pour l'Euro-2012, co-organisé par la Pologne et l'Ukraine du 8 juin au 1er juillet.

Or, tranchant avec la caricature du footballeur vivant dans sa Tour d'Ivoire et ignorant des réalités quotidiennes du "vulgum pecus", les joueurs et entraîneurs de ces cinq sélections entendent, à leurs niveaux, essayer de mettre du baume au coeur de leurs concitoyens.

"Nous sommes au milieu d'une crise très sérieuse et, dans un sens, le football est une bonne chose pour y répondre", a déclaré le milieu de terrain espagnol Xavi Hernandez.

"Si l'équipe nationale joue bien, alors ça peut avoir un effet sur l'état d'esprit des gens. On va voir si on peut donner un peu de joie aux gens", a ajouté la star du FC Barcelone.

Versée aux côtés de l'Espagne et de l'Irlande, dans le groupe C, ironiquement appelé par les plaisantins de la presse anglo-saxonne, "the group of debt" (le groupe de la dette), par analogie au "group of death" (le groupe de la mort), la Squadra Azzurra du sélectionneur Cesare Prandelli jouera aussi en pensant aux difficultés de l'Italie.

"Nous connaissons l'importance du football pour le peuple d'Italie et quelques bonnes performances de notre équipe sur le terrain peut, au moins, leur donner un peu de réconfort", a déclaré Prandelli.

L'attaquant irlandais Shane Long, qui a vu les dégâts causés dans son pays par les licenciements ou les expulsions de personnes incapables de rembourser le prêt de leur maison, souhaite lui se dépasser pour les supporteurs qui sont aussi ses concitoyens en souffrance.

"Les temps sont durs chez moi en ce moment et ça vous fait apprécier tous les efforts que les gens font pour arriver jusqu'en Pologne pour vous soutenir. Je sais que même à Tipperary (la ville dont il est originaire), il y a beaucoup de gens qui demandent des billets via Facebook. Ils font tout pour nous suivre", a-t-il dit.

Vainqueur surprise de l'Euro en 2004, la Grèce fait face à la situation la plus difficile de tous les pays au coeur de la crise de la dette dans la zone euro.

Alors que son avenir dans l'union monétaire n'est pas garanti, une crise politique s'est surajoutée à la crise budgétaire, et le pays, qui avait organisé des élections législatives le 6 mai, doit retourner aux urnes le 17 juin.

Pas d'illusions

Conscient de cette situation, le sélectionneur Fernando Santos, critiqué pour avoir perçu une augmentation de salaire lors du renouvellement de son contrat cette année, a juré ses grands dieux de tout faire pour redorer le blason de la Grèce.

"Je veux que les Grecs sachent que nous allons nous +saigner+ pour réussir. Nous allons nous donner à 100% pour la Grèce et apporter de la joie aux gens qui actuellement ne se réjouissent qu'au compte-gouttes", a-t-il affirmé.

Moins lyrique, mais peut-être aussi plus réaliste, Vicente Del Bosque, à la tête d'une sélection espagnole championne d'Europe et du monde en titre, ne se fait, en revanche, guère d'illusions sur les vertus thérapeutiques du football sur les économies malades.

"Gagner l'Euro ne résoudra pas les problèmes de l'Espagne", a-t-il lâché lors d'une visite du chef du gouvernement espagnol Mariano Rajoy, héraut de l'austérité dans son pays.

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