MOSCOU - La chambre haute du Parlement russe a approuvé, mercredi, une loi contre les manifestations qui multiplie par 150 l'amende prévue pour toute participation à un rassemblement non autorisé. Le texte devrait être promulgué par le président Vladimir Poutine avant la grande manifestation prévue par l'opposition mardi prochain à Moscou.

Le Kremlin a commencé à réprimer plus sévèrement les manifestations depuis le retour à la présidence de Vladimir Poutine en mai. Il a dirigé le pays de 2000 à 2008, avant de devenir le premier ministre de Dimitri Medvedev pendant quatre ans pour cause de limite constitutionnelle au nombre de mandats présidentiels consécutifs.

L'opposition a mobilisé les foules les plus nombreuses depuis la fin de l'Union soviétique lors de manifestations contre la mainmise de Vladimir Poutine sur le pays et la victoire de son parti aux élections législatives de décembre, entachées d'irrégularités. La nouvelle loi apparaît donc comme un nouvel instrument de répression.

Le Conseil de la Fédération l'a approuvée par 132 voix contre 1 mercredi, après un rapide débat. La seule voix contre a été exprimée par la mère d'Ilia Ponomarev, un député de l'opposition qui a participé aux manifestations anti-Poutine.

La chambre basse du Parlement, la Douma, avait débattu pendant onze heures mardi avant que Russie unie, le parti au pouvoir, n'arrive à imposer le texte vers minuit. L'opposition avait déposé des centaines d'amendements, signe d'un regain de résistance face au Kremlin.

Avec cette loi, l'amende maximum va passer de 2000 à 300 000 roubles (de 61 $ CAN à 9300 $ CAN). Il s'agit d'une amende plus sévère que pour beaucoup d'autres méfaits en Russie, notamment la violation d'entrepôts de matériel nucléaire.

À titre de comparaison, la prostitution est passible d'une amende de 2500 roubles, tandis que le fait de pratiquer un avortement sans diplôme de médecine peut être sanctionné par une amende de 80 000 roubles.

Sergueï Lissovsky, l'un des rares membres de la chambre haute ayant critiqué la nouvelle loi, a estimé qu'elle sanctionnait les manifestants de façon disproportionnée, sans sévir contre la brutalité policière. «Nous parlons de citoyens de notre pays et nous devons les écouter. Où est la responsabilité pour la police, qui peut potentiellement causer plus de tort à notre société?», a-t-il lancé.

Alexeï Koudrine, ancien vice-premier ministre qui a dit comprendre les manifestations de l'hiver dernier mais qui conserve des liens forts avec Vladimir Poutine, a jugé dans un communiqué que cette loi violait la liberté constitutionnelle de réunion et a appelé à sa révision.

L'organisateur de la manifestation prévue mardi à Moscou, Alexeï Navalny, l'un des chefs de file de l'opposition, a écrit sur son blogue mercredi que les autorités de la capitale avaient refusé que la marche passe par la rue Tverskaïa, au motif que le centre-ville serait réservé aux célébrations de la fête nationale le 12 juin.

M. Navalny a estimé que les autorités moscovites et la police faisaient «de leur mieux pour provoquer un conflit» en refusant le permis de manifester. Il a ajouté que l'opposition accepterait n'importe quel parcours, mais qu'elle manifesterait avec ou sans autorisation.