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Soudan: dizaines de milliers de réfugiés affamés quittent le Kordofan-Sud

05/06/2012 06:34 EDT | Actualisé 05/08/2012 05:12 EDT

Une fusillade devant un poste de police a marqué il y a tout juste un an le déclenchement des combats entre l'armée soudanaise et des groupes rebelles au Kordofan-Sud, unique Etat pétrolier du Soudan, qui ont poussé à l'exode des dizaines de milliers de déplacés affamés.

En dépit d'une situation humanitaire alarmante, le gouvernement, invoquant des raisons de sécurité, maintient un contrôle étroit sur l'accès humanitaire international à la zone.

Il n'existe pas de chiffres fiables sur le nombre des victimes des bombardements et des combats opposant les forces de Khartoum aux rebelles du Mouvement de populaire de libération du Soudan (SPLM-N) dans les plaines semi-boisées et arides et les collines escarpées de cette région.

Mais l'ONU a fait état d'une importante augmentation du nombre de départs du Kordofan-Sud via la frontière pour le camp de réfugiés de Yida dans l'Etat sud-soudanais d'Unité.

"En mai, 430 personnes en moyenne sont arrivées chaque jour dans le camp, une augmentation de 47% par rapport du taux d'arrivées enregistré en avril", rapporte le Bureau des Nations unies pour la coordination des Affaires humanitaires (Ocha) dans son dernier bulletin hebdomadaire.

"Je pense qu'il y a un désastre", s'est alarmé Jonah Leff, de l'ONG suisse Small Arms Survey, qui lutte contre la prolifération des armes de petit calibre: "On a l'impression que les gens là-bas se nourrissent de feuilles d'arbres et les taux de malnutrition chez les enfants sont très élevés".

Lundi, le Haut Commissariat aux réfugiés de l'ONU (HCR) a fait état de l'arrivée au cours des trois dernières semaines de 35.000 réfugiés à pied dans l'Etat sud-soudanais du Haut-Nil, secoué depuis septembre par un conflit semblable à celle du Kordofan-Sud.

Les nouveaux arrivés étaient dans un "terriblement mauvais" état, a affirmé le Haut commissaire de l'ONU pour les réfugiés, Antonio Guterres : "Certains avaient mangé des feuilles d'arbre pour survivre sur la route".

Khartoum accuse Juba de soutenir le SPLM-N, ce que les analystes étrangers n'excluent pas même si le Soudan du Sud le nie.

Cinq organisations humanitaires internationales ont prévenu le mois dernier dans un communiqué conjoint que les pluies saisonnières risquaient "d'exacerber une situation déjà extrême dans les camps de réfugiés, limitant les déplacements et accès et augmentant le risque de maladie".

Le ministère des Affaires étrangères à Khartoum dit avoir donné son accord de principe à une proposition avancée il y a quatre mois par l'Union africaine (UA), la Ligue arabe et les Nations unies pour la livraison d'aide à travers la zone des hostilités.

Mais le porte-parole du ministère, Al-Obeid Meruh, a posé comme condition l'instauration d'un cessez-le-feu au préalable: "Par la suite, nous pourrons avoir un accord définitif sur la livraison de l'aide".

"Nous n'arrêtons pas de dire que nous avons besoin d'un accès", affirme pour sa part Ali al-Zaatari, coordinateur humanitaire de l'ONU.

L'ONU, a-t-il dit, considère la proposition Union africaine, Ligue arabe et ONU "comme une option très viable, qui permettrait l'entrée de l'assistance humanitaire sous surveillance et observation".

Pour M. Zaatari, "il est clair que la crise ne fait que s'aggraver". Selon lui, le ministère soudanais des Affaires sociales a donné son accord à la mise en place d'un mécanisme de coordination réunissant les organisations d'aide internationales, l'armée soudanaise et d'autres agences humanitaires.

Le SPLM-N a rejoint l'an dernier des rebelles du Darfour (ouest) au sein d'un Front révolutionnaire visant à renverser le régime de Khartoum.

Les relations entre le centre du Soudan et sa périphérie "négligée" --notamment le Kordofan-Sud-- est une question qui doit être traitée d'une manière plus globale par la communauté internationale, souligne M. Leff pour qui les "raisons sous-jacentes sont plus ou moins les mêmes".

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