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Moscou ne réclame pas le maintien d'Assad, Damas autorise l'aide humanitaire

05/06/2012 09:18 EDT | Actualisé 05/08/2012 05:12 EDT

La Russie, sous pression pour lâcher son allié syrien, a fait savoir qu'elle ne considérait pas le maintien au pouvoir du président Bachar al-Assad comme une condition préalable au règlement du conflit en Syrie, où le régime a autorisé mardi l'entrée de l'aide humanitaire.

"Nous n'avons jamais dit ou posé comme condition qu'Assad devait nécessairement rester au pouvoir à la fin du processus politique", a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères Guennadi Gatilov à l'agence Itar-Tass.

Alors que la communauté internationale, divisée, cherche toujours des moyens de faire pression sur le régime Assad, le président russe Vladimir Poutine a entamé une visite de trois jours en Chine, consacrée en partie à la crise en Syrie.

Alliés indéfectibles de Damas jusqu'à présent, Moscou et Pékin sont opposés à toute intervention armée, ainsi qu'au renversement du président Assad.

Mais d'après Khattar Abou Diab, professeur à l'Université Paris-Sud, "Moscou pourrait le lâcher sans lâcher le régime".

Pressée de toutes parts, la Syrie a autorisé mardi l'ONU et des ONG à apporter de l'aide humanitaire, comme stipulé par le plan de sortie de crise de l'émissaire de l'ONU et de la Ligue arabe Kofi Annan, dans quatre provinces.

Après des missions de reconnaissance dimanche, des organisations humanitaires pourront s'installer à Homs (centre), Idleb (nord-ouest), Deraa (sud) et Deir Ezzor (est), pour distribuer une aide alimentaire et médicale.

Le vice-ministre syrien des Affaires étrangères Fayçal Meqdad a réaffirmé la volonté de Damas de faire réussir le plan Annan et de "protéger la mission des observateurs" déployés pour faire appliquer un cessez-le-feu violé quotidiennement.

Mais Damas s'est dans le même temps montré intraitable en déclarant "persona non grata" les ambassadeurs de plusieurs pays occidentaux, dont les Etats-Unis et la France, pour riposter au renvoi des ambassadeurs syriens. Damas ne peut expulser ces diplomates, la plupart ayant déjà quitté le sol syrien.

Sur le terrain, les forces du régime, imperturbables, ont bombardé et pris d'assaut plusieurs localités en Syrie, où neuf personnes ont été tuées mardi.

Elles ont attaqué Kafarzita dans la province de Hama (centre) après trois jours de bombardements, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Des voitures transportant des milices baptisées les "Sauterelles" y sont entrées ensuite "pour voler maisons et boutiques en l'absence des propriétaires" ayant fui, selon la même source.

En outre, les forces du régime bombardaient notamment la ville rebelle de Homs (centre) et combattaient les rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL), dont trois ont péri dans la région de Lattaquié (nord-ouest).

Par ailleurs, les militants et l'OSDH ont fait état de rassemblements nocturnes appelant au départ du président Assad, notamment à Damas et sa province, où de nombreuses personnes ont manifesté masquées à Babbila.

Pour sa part, l'agence officielle Sana a annoncé la mort de trois officiers de l'armée tués mardi par des "groupes terroristes".

Conséquence des violences qui se poursuivent, plus de 2.000 Syriens se sont réfugiés ces trois derniers jours en Turquie, a annoncé le centre turc de gestion des situations de crise (AFAD), qui dénombre 26.747 réfugiés syriens dans les camps du sud du pays.

Dans ce contexte, les pays occidentaux tentent de se mobiliser pour faire cesser les violences qui ont fait au moins 13.400 morts depuis près de 15 mois.

"Il y a beaucoup de choses prévues sur le plan international cette semaine en ce qui concerne la Syrie", a annoncé Mark Toner, porte-parole du Département d'Etat, soulignant notamment que la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton rencontrerait vendredi à Washington Kofi Annan.

Selon diplomates et experts, M. Annan, qui s'adressera jeudi à New York au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale de l'ONU, commence à entrevoir l'échec de son plan et souhaite que la communauté internationale pèse de tout son poids pour faire respecter son plan ou qu'elle trouve un "plan B" pour résoudre la crise.

Autre occasion pour les puissances internationales de se consulter sur la Syrie, le Forum ministériel de lutte contre le terrorisme réunira à Istanbul des représentants d'une trentaine de pays jeudi et vendredi, en présence notamment de Mme Clinton.

Et un envoyé du département d'Etat américain, Frederic Hof, se rendra à Moscou cette semaine pour discuter de la crise syrienne.

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