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La nouvelle venue Pam Palmater brigue la chefferie de l'APN

05/06/2012 02:11 EDT | Actualisé 05/08/2012 05:12 EDT

OTTAWA - Pam Palmater sait très bien qu'elle a toute une pente à remonter si elle espère devenir la plus puissante leader autochtone du pays.

L'avocate, auteure, enseignante et observatrice politique de 42 ans n'a jamais été chef, elle ne détient son statut autochtone que depuis un an et elle travaille au centre-ville de Toronto, loin de sa réserve.

Mais Mme Palmater, une micmaque du Nouveau-Brunswick, dit n'avoir d'autre choix que de briguer la chefferie nationale de l'Assemblée des premières nations, en raison des nombreux appuis qui lui auraient été exprimés.

«L'APN semble suivre la voie qui a été tracée pour elle par les conservateurs, a-t-elle dit lors d'une récente conversation téléphonique. À mes yeux, c'est un chemin très destructeur. Et on dirait que certaines personnes ne réalisent pas à quel point c'est destructeur.»

Sa candidature risque de secouer une élection qui endossera ou rejettera l'approche conciliatrice envers les politiciens fédéraux que le chef actuel, Shawn Atleo, incarne maintenant — à tort ou à raison.

Plus de 600 chefs choisiront leur prochain leader le 18 juillet à Toronto. Mme Palmater peut présenter sa candidature, même si elle n'a pas le droit de vote. Elle a officiellement lancé sa campagne mardi à Halifax, dans l'espoir de devenir la première femme chef national.

Elle a la politique dans le sang et peut compter sur l'appui des médias sociaux.

Issue d'une famille de 12 enfants, Mme Palmater a passé son enfance près de la réserve à laquelle elle appartient aujourd'hui. Elle a étudié à Fredericton, décrochant quatre diplômes, et s'implique depuis à fond dans le droit autochtone, le bénévolat et le militantisme.

«J'ai grandi dans une de ces familles incroyablement actives en politique, dit-elle en riant. Ils m'ont inculqué cette responsabilité énorme de toujours défendre son peuple. Toujours, toujours, peu importe ce qu'en disent les autres.»

Vive d'esprit et de parole, Mme Palmater est fréquemment citée dans les journaux et interviewée à la télévision. Elle exploite à fond les médias sociaux, est une habituée de Facebook et Twitter, et écrit des blogues pour rejoindre des premières nations de plus en plus branchées.

Si elle brigue la chefferie de l'APN, elle dit surtout vouloir faire entendre la voix de la base pendant les discussions et inciter les chefs à y réfléchir à deux fois avant d'accepter le statu quo.

«Tout le monde parle de remettre la relation sur les rails. Il n'y a rien à remettre sur les rails, a-t-elle dit. Les traités sont là. Il faut simplement que le Canada accepte de respecter sa partie de l'entente.»

Elle reproche à M. Atleo d'avoir collaboré trop étroitement avec le premier ministre Stephen Harper, alors que les résultats se font attendre. Elle répète fréquemment sur son blogue que le leadership Atleo mène les premières nations tout droit vers l'assimilation.

«Être aussi gentils avec les conservateurs, ça ne nous permet pas de faire avancer nos intérêts», a estimé Mme Palmater pendant l'entrevue, en évoquant notamment les réductions de financement. «Ça aggrave la situation.»

Elle réclame plutôt des mesures immédiates pour soutenir les communautés confrontées quotidiennement à des problèmes comme la pauvreté, la santé publique et l'accès à l'eau potable. L'APN devrait, selon elle, rassembler immédiatement non seulement les responsables fédéraux mais aussi les provinces et les leaders des premières nations pour mettre sur pied un plan d'urgence afin d'aider rapidement la minorité de réserves qui connaissent de graves problèmes.

Mme Palmater exige aussi une plus grande part de la richesse du pays — non seulement les ressources naturelles, mais aussi les paiements de transfert. «Nous avons des droits sur ces ressources, contrairement à ceux pour qui c'est un privilège ou qui détiennent un permis, a-t-elle dit. Donc, une plus grande part de la tarte (...) suffirait à faire vivre nos communautés.»

Les premières nations se sont montrées trop conciliantes envers le Canada, croit-elle, et cette approche menace leur culture et leur indépendance. «Nous nous présentons continuellement à la table (des négociations) malgré toutes ces choses négatives qui nous sont arrivées — en dépit des pensionnats, de la stérilisation forcée et tout le reste —, on continue à venir négocier, a-t-elle dénoncé. À un moment donné, le Canada doit agir honorablement et dire: 'Vous savez, le moment est venu de partager'.»

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