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La Banque du Canada maintient son taux directeur inchangé à un pour cent

05/06/2012 09:26 EDT | Actualisé 05/08/2012 05:12 EDT

OTTAWA - La Banque du Canada a décidé de laisser son taux d'intérêt directeur inchangé pour encore un peu plus longtemps — peut-être même encore très longtemps —, évoquant la détérioration des conditions économiques mondiales et la reprise inégale au Canada, laquelle n'est pas aussi forte qu'elle n'en a l'air.

La décision de laisser le taux de financement à un jour inchangé à un pour cent pour une 14e fois consécutive était largement attendue.

En outre, la banque centrale a reconnu que le rapport sur la politique monétaire optimiste dévoilé en avril par le gouverneur Mark Carney pourrait avoir été prématuré.

Dans l'évaluation plus pessimiste livrée mardi, M. Carney et son conseil de direction a admis que les perspectives de la croissance mondiale s'étaient affaiblies dans les dernières semaines et que certains des risques entourant la crise en Europe s'étaient maintenant matérialisés.

«Cette situation entraîne une détérioration marquée des conditions financières à l’échelle internationale», a déclaré la Banque du Canada dans le communiqué expliquant sa décision.

Comme pour donner raison à la banque centrale, l'Espagne a émis mardi un signal de détresse juste avant une conférence téléphonique des ministres des Finances du G7, un groupe qui comprend le ministre canadien Jim Flaherty, en affirmant qu'elle éprouvait des difficultés à obtenir du crédit à des taux raisonnables.

Selon l'économiste Derek Holt, de la Banque Scotia, ces nouveaux développements forceront M. Carney à revoir l'idée qu'une hausse des taux soit imminente. Le gouverneur de la banque n'a toujours pas clairement fait marche arrière à ce sujet, mais cela pourrait survenir dans la déclaration qui accompagnera sa prochaine décision, en juillet, a estimé M. Holt.

«Dans un monde parfait la banque hausserait ses taux dès maintenant, a expliqué M. Holt. Mais la tournure géopolitique des événements, ainsi que le ralentissement national dans les secteurs autres que celui du logement, ne lui permet par de le faire.»

M. Holt dit s'attendre à des déclarations encore plus adoucies de la part de la banque en juillet, lorsqu'elle publiera son évaluation complète des économies canadienne et mondiale.

«À notre avis, la banque est allé aussi loin qu'elle a pu pour réduire l'aspect téméraire du contenu de sa déclaration, sans interférer avec sa crédibilité, mais clairement, le désir de hausser les taux est moins intense qu'en avril», a noté Jimmy Jean, de Valeurs mobilières Desjardins.

«Cela pave la voie à la reconnaissance d'un plus important écart de production que prévu, en juillet, ce qui donne l'impression que nous aurons droit à une répétition de ce qui s'est passé en 2011, lorsque la banque a été forcée d'emprunter la voie de service, dépassée par les développements mondiaux.»

La déclaration de la banque a clairement démontré que son conseil juge que les problèmes vont au-delà de l'Europe.

«Même si l’économie américaine continue d’afficher une expansion modérée, l’activité économique dans les pays émergents ralentit un peu plus rapidement et de façon un peu plus généralisée qu’on ne l’avait anticipé», a reconnu la banque.

Croissance décevante

Au Canada, la croissance économique de 1,9 pour cent observée au premier trimestre a été décevante, a admis la banque centrale, qui tablait plutôt sur une croissance de 2,5 pour cent. Mais dans l'ensemble, l'économie tient bon grâce à la vigueur du secteur du logement, au maintien de la confiance des consommateurs et des entreprises et aux faibles taux d'intérêt.

Malgré tout, la banque a noté que les difficultés sur les marchés étrangers et la vigueur du dollar canadien faisaient en sorte que les exportations restaient faibles. Et même si le crédit a stimulé la croissance, la banque fait remarquer que «les ménages continuent d’accroître le fardeau de leur dette dans un contexte de faible progression des revenus».

La banque centrale et les marchés auront une meilleure idée de la résistance de l'économie canadienne vendredi, lorsque seront publiées les plus données sur le marché de l'emploi pour le mois de mai.

L'économie canadienne a créé 140 000 emplois pendant les deux mois précédents, mais plusieurs économistes ne sont pas convaincus de la force du marché et s'attendent à ce que les mois subséquents soient plus faibles.

Dans sa déclaration de mardi, Mark Carney indique qu'il aimerait bien pouvoir renouer avec une politique monétaire plus normale, si les conditions le permettent.

«Dans la mesure où l’expansion économique se poursuit et l’offre excédentaire au sein de l’économie se résorbe graduellement, il se peut qu’une réduction modeste de la détente monétaire considérable actuellement en place au Canada devienne appropriée», a-t-il écrit.

En attendant, la Banque du Canada peut toujours se réjouir du fait que le pays ne subisse pas de pression du côté de l'inflation. Avec une faible marge de capacités inutilisées et la chute des prix de l'essence, l'indice des prix à la consommation devrait reculer sous le seuil de deux pour cent à court terme.

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