La rupture des négociations entre le gouvernement du Québec et les associations étudiantes, survenue jeudi dernier, laisse présager un été tumultueux parsemé de manifestations. Pour mettre un couvercle sur ce tumulte, quoi de mieux qu'une élection générale ?

Des indices laissent croire que c'est la direction dans laquelle la province évolue. Ni le gouvernement, ni les étudiants ne semblent prêts à un compromis qui les éloignerait trop de leur point de départ. Le Parti libéral souhaite augmenter les frais de scolarité, tandis que les étudiants veulent que ces frais soient gelés. La seule marge de manœuvre repose sur la manière dont l'un ou l'autre de ces objectifs peut être atteint.

Les chances que la paix sociale soit rétablie apparaissent ténues, d'autant plus que la CLASSE - une association importante et très campée sur ses positions - vient de se doter d'une troisième porte-parole encore plus radicale que les deux autres. De l'autre côté de la table de négociations (où il a rarement daigné s'asseoir), Jean Charest est convaincu que tenir la ligne dure sera rentable au plan électoral.

Des rumeurs font maintenant état d'une élection générale à la mi-septembre, et d'une campagne électorale qui débuterait en août. Un tel scénario ne dénouera probablement pas l'impasse entre le gouvernement et les associations étudiantes, mais va certainement renforcer le pouvoir de négociation des Libéraux s'ils parviennent à se hisser en tête des sondages.

Au Parti libéral, la mi-septembre apparaît comme la dernière « fenêtre » favorable pour Jean Charest. En effet, le premier ministre est tenu de déclencher une élection générale avant la fin de l'année prochaine. Or la Commission Charbonneau, qui enquêtera sur la corruption dans l'industrie de la construction, va se poursuivre tout au long de 2013 et risque de piéger bon nombre de Libéraux dans les mailles de son filet. Il est clair que Jean Charest doit agir plus tôt que tard. Celui-ci aurait préféré une élection printanière, mais les étudiants ont fait échouer son plan.

Dans le cas d'une élection à la mi-septembre, il sera difficile d'éviter les questions soulevées par la Commission Charbonneau. Mais puisque l'enquête elle-même ne débutera vraisemblablement pas avant la dernière semaine de campagne, il ne faut pas s'attendre à des révélations-chocs en mesure d'influencer l'électorat. La crise étudiante continuera donc à dominer l'actualité, et les Libéraux estiment avoir l'appui de la population sur cette question. Si jamais les deux parties en viennent à une entente, ce qui est peu probable, Jean Charest pourrait également en bénéficier.

Cela dit, le fin renard qu'est M. Charest devra mener une bataille féroce. Le Parti libéral et le Parti québécois figurent nez à nez dans les sondages, et la Coalition Avenir Québec tire de l'arrière par quelques points à peine. Une campagne électorale ne provoquera probablement pas de revirement significatif. Cependant, Jean Charest a plus d'expérience que Pauline Marois et François Legault sur ce terrain, et conserve malgré tout de bonnes chances de se voir confier un quatrième mandat.

Les élections partielles du 11 juin sont annonciatrices de ce qui pourrait survenir cet automne. La circonscription de LaFontaine est un château-fort libéral quasiment gagné d'avance. Par contre, la circonscription rurale d'Argenteuil, située à mi-chemin entre Gatineau et Montréal, sera chaudement disputée par le PLQ, le PQ et la CAQ. Il sera intéressant d'évaluer la force réelle des Libéraux en dehors de la Métropole, sachant que les régions appuient davantage le gouvernement dans le dossier des frais de scolarité. Il sera également intéressant de voir par quels moyens le PQ et la CAQ tenteront de déloger le parti au pouvoir.
Une victoire des Libéraux dans Argenteuil pourrait être le premier acte d'une pièce de théâtre politique qui durera tout l'été. Mais est-ce que Jean Charest sera encore sur scène lorsque le rideau tombera ?

Éric Grenier donne le pouls de la politique fédérale et provinciale aux lecteurs du Huffington Post Canada tous les mardis et vendredis. Il est l'auteur du site web ThreeHundredEight.com, dédié à l'analyse politique, aux sondages et aux tendances électorales.