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Guy Turcotte devra demeurer incarcéré à l'Institut Philippe-Pinel

05/06/2012 10:10 EDT | Actualisé 05/08/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'ex-cardiologue Guy Turcotte, trouvé non criminellement responsable du meurtre de ses deux jeunes enfants, devra demeurer détenu à l'Institut Philippe-Pinel mais pourra profiter de sorties limitées jusqu'à ce que son cas soit réévalué dans six mois.

La décision rendue mardi par la Commission d'examen des troubles mentaux survient près d'un an après le verdict qui avait semé la consternation à travers le Québec en marge de cette cause très médiatisée.

Guy Turcotte a reconnu avoir poignardé à 46 reprises Olivier, âgé de 5 ans, et Anne-Sophie, âgée de 3 ans, le 20 février 2009 dans la maison qu'il louait à Piedmont depuis sa séparation avec la mère des enfants, Isabelle Gaston, trois semaines plus tôt. Il avait ensuite tenté de se suicider en avalant du liquide lave-glace.

Le tribunal administratif a ainsi choisi une solution mitoyenne entre la détention pour une autre année sans possibilité de sortie, telle que recommandée par les experts de l'Institut Pinel, et la libération inconditionnelle réclamée par Guy Turcotte.

Dans leur décision écrite, les commissaires expliquent que «l'accusé demeure très fragile» et «n'a pas démontré qu'il a acquis les habiletés nécessaires pour faire face aux très grandes difficultés qu'il va rencontrer sur le chemin de sa réhabilitation», ce qui constitue, selon les commissaires, «un risque réel de rechute».

La Commission se dit «convaincue que, dans un contexte de rechute entraînant une désorganisation de son état mental, l'accusé représente un risque important de poser des gestes de nature criminelle mettant sérieusement en danger la sécurité physique ou psychologique d'autrui».

En contrepartie, la Commission rappelle que le Code criminel, qui l'oblige à «rendre la décision la moins sévère et la moins privative de liberté», ne lui permet pas d'imposer une détention sans possibilités de sorties à moins d'être accompagné d'un membre du personnel de l'Institut parce que «la dangerosité démontrée par la preuve n'est pas telle qu'elle justifierait une telle mesure».

Ainsi, pour les trois premiers mois, Guy Turcotte pourra sortir accompagné d'un membre de sa famille immédiate ou d'un employé de l'Institut pour une durée qui sera augmentée progressivement jusqu'à huit heures par jour.

Pour les deux mois suivants, il pourra bénéficier de sorties sans accompagnement dont la durée sera, là aussi, augmentée progressivement jusqu'à huit heures par jour.

À compter du sixième mois, la durée de ces sorties sans accompagnement pourrait être augmentée jusqu'à 16 heures par jour et comporter un coucher chez un membre de sa famille immédiate si l'un d'eux se trouve également sur place.

En tout temps, il lui sera interdit de communiquer avec son ex-conjointe, Isabelle Gaston, le nouveau conjoint de celle-ci et de se trouver à moins d'un demi-kilomètre de leur résidence ou lieu de travail.

La Commission doit réévaluer son dossier en décembre 2012.

Le ministère public, pour sa part, a 15 jours pour en appeler de cette décision mais n'a pas encore fait connaître sa position.

Lors de son procès, les avocats de Guy Turcotte avaient plaidé que ses actes étaient le fruit d'un trouble d'adaptation jumelé à de l'anxiété et à une humeur dépressive.

Le 5 juillet 2011, le jury composé de sept femmes et de quatre hommes s'était rangé à cette défense et avait jugé l'ex-cardiologue non criminellement responsable en raison de troubles mentaux.

Lors des audiences de la Commission, les experts de l'Institut Philippe-Pinel avaient avoué ne pas comprendre pourquoi Guy Turcotte avait commis un acte d'une telle violence sur ses propres enfants et recommandé qu'il demeure hospitalisé.

Mme Gaston s'était également opposée à la libération de son ancien conjoint, disant qu'elle craignait pour sa propre vie et le qualifiant de manipulateur.

Guy Turcotte et ses proches avaient pour leur part plaidé en faveur d'une libération sans restriction, l'ex-cardiologue se disant un homme transformé et affirmant qu'il souhaitait recommencer à pratiquer la médecine, refaire sa vie avec une autre femme et peut-être même ravoir des enfants.

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