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Chirurgie esthétique: une Pakistanaise retrouve son nez 32 ans après avoir été mutilée par son mari (PHOTOS/VIDÉO)

05/06/2012 08:01 EDT | Actualisé 05/08/2012 05:12 EDT

THATHA PIRA, Pakistan - Les violences conjugales sont monnaie courante dans certaines régions du Pakistan, où des centaines de femmes sont tuées ou mutilées chaque année pour «l'honneur de la famille». C'est l'histoire d'Allah Rakhi, qui retrouve enfin l'espoir grâce à la reconstruction de son nez, 32 ans après se l'être fait couper par son mari.

Le drame s'est produit quand elle a décidé de quitter son mari à l'âge de 19 ans, après avoir subi des violences pendant six ans. Avec un couteau, il lui a tranché le nez, symbole de l'honneur familial, en lui lançant: «Tu n'es plus belle!».

Il lui a ensuite entaillé le pied pour la punir de quitter le domicile sans sa permission. «Une femme n'est une femme qu'au foyer. Dehors, c'est une prostituée!», a-t-il crié alors qu'elle gisait en sang dans la rue poussiéreuse devant leur maison.

Dès lors, Allah Rakhi a caché son visage défiguré sous un voile. En mars dernier, par l'intermédiaire d'une fondation à Islamabad, sa fille a trouvé un chirurgien qui a accepté de s'occuper d'elle gratuitement. Il a prélevé de la chair sur ses côtes pour lui modeler un nouveau nez, transformant complètement sa vie.

Allah Rakhi, aujourd'hui âgée de 51 ans, doit encore subir plusieurs opérations dans les prochains mois, mais elle a retrouvé le sourire. «Dieu merci, je ne me suis pas suicidée. La vie est une bénédiction», dit-elle aujourd'hui. Elle veut aussi voir comme une «victoire» son retour sous le même toit que son ex-mari, même si c'est à la demande de son fils qui s'inquiétait de la voir vivre dans la misère.

Si chaque cas est particulier, une bonne partie des violences infligées aux Pakistanaises trouvent leur origine dans l'idée d'«honneur familial». Des centaines de femmes sont tuées chaque années sur de simples soupçons d'adultère, parce qu'elles veulent divorcer ou s'habillent d'une manière jugée inappropriée.

Le nez, en tant que symbole de l'honneur de la famille, est fréquemment pris pour cible des violences conjugales au Pakistan. Souvent, les parents disent à leurs enfants: «S'il te plaît, fais attention à ton nez», ce qui signifie: «Ne fais rien qui ternisse la réputation de la famille».

Les «crimes d'honneur», reflets de la tradition selon laquelle la vertu d'une femme est la propriété de l'homme, sont une pratique répandue dans une grande partie du monde arabe et en Asie du Sud. Des immigrés originaires de ces régions en ont aussi commis en Occident.

Les tribunaux pakistanais, pour peu qu'ils en soient saisis, en sanctionnent rarement les auteurs, ou légèrement. Le mari d'Allah Rakhi, par exemple, n'a passé que dix mois en prison. Libéré sur la promesse de payer les factures médicales de sa femme, il ne l'a jamais fait.

Il est difficile d'établir des statistiques fiables sur l'ampleur de ces «crimes d'honneur», dont beaucoup ne sont pas signalés ou sont réglés hors des tribunaux sous la pression des familles des victimes et des agresseurs.

Selon la Commission des droits de l'homme du Pakistan, au moins 943 femmes ont été tuées en 2011, 9 ont eu le nez coupé, 98 ont été torturées, 47 ont subi une tentative d'immolation par le feu et 38 ont été attaquées à l'acide.

Les efforts pour durcir la répression des violences faites aux femmes sont bloqués par un parti politique islamiste, Jamiat Ulema Islam (JUI), membre de la coalition au pouvoir et qui soutient publiquement les talibans en Afghanistan. La chambre basse du Parlement a voté un projet de loi contre les violences faites aux femmes, mais le JUI empêche son adoption à la chambre haute.

«Nous ne laisserons jamais» passer ce texte, a affirmé le sénateur Ghafoor Haideri, dénonçant une tentative d'«occidentalisation» du Pakistan. «Cela ruinerait nos institutions familiales.»

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