BHL réalisateur en Libye : les clés du débat

Publication: Mis à jour:
TOBROUK BHL
Bernard-Henri Lévy devant la foule dans "Le Serment de Tobrouk" | Rezo Films

CINÉMA - Mercredi 6 juin, Le Serment de Tobrouk sort en salles en France plusieurs mois après la résolution du conflit en Libye. Témoignage de la chute du régime de Kadhafi et de l'intervention occidentale, le documentaire réalisé par Bernard-Henri Lévy offre un point de vue inédit sur le conflit: celui de BHL lui-même.

Pendant plusieurs jours, le philosophe a cherché, accompagné de Gilles Hertzog et du photographe Marc Roussel, tous les moyens possibles pour aider les insurgés de Libye, mobilisés contre son dictateur, Mouammar Kadhafi. Dans ce récit à la première personne qui se rapproche dans la forme et la chronologie de son journal, La Guerre sans l'aimer, BHL raconte les évènements comme il les a vécus. C'est aussi un documentaire clandestin, comme le souligne BHL qui explique que son compère Marc Roussel transforme, d'une simple pression, un appareil photo numérique en caméra de cinéma:

"Les toutes premières scènes. C'est lui, en effet, qui prend, alors, l'initiative. Et il le fait à mon insu, dans mon dos. Après, ça change. Je fais et filme à la fois. Je sais ce que nous filmons puisque c'est, par hypothèse, ce que nous sommes en train de faire. Là, il n'y a plus captation involontaire."

» Lire la suite de l'interview de Bernard-Henri Lévy

>> Lire aussi :

» "Ce qu'il parvient à faire, c'est construire l'histoire en s'y plaçant au centre"

» Regarder Tobrouk, et entendre Houla, le billet d'Anne Sinclair

Voici les clés pour comprendre cet ovni du cinéma qui ne manquera pas de susciter le débat:

L'INTERVENTION

Film d'aventure atypique, témoignage unique, Le Serment de Tobrouk raconte le personnage de Bernard-Henri Lévy plongé dans un pays en proie à la guerre civile. Plusieurs scènes donnent une autre dimension au parcours de BHL sur le terrain. Une discussion présidentielle par téléphone satellite, un voyage sur un bateau de pêche battant pavillon maltais jusqu'à Misrata ou la visite de la ligne de front aux côtés des chebabs, les jeunes combattants dont il partage ponctuellement le quotidien.

BHL rappelle dès le début de son documentaire que la "guerre a un début mais peut-être pas de fin". Au fil des aller-retours, entre l'Élysée, New York, Misrata, Benghazi et le djebel Nefoussa, il alterne séjours dans les capitales du monde à la rencontre de diplomates qu'il presse d'intervenir et salons dans lesquelles il guide les membres du CNT vers une reconnaissance internationale.

Certaines zones d'ombre subsistent. Pour Antoine Vitkine, journaliste auteur de documentaires sur le règne et la chute de Mouammar Kadhafi, BHL ne parle pas des évènements auxquels il n'a pas assisté. Il juge que son intervention a aussi fait le jeu de Nicolas Sarkozy: "Lorsque Bernard-Henri Lévy lui propose, depuis Benghazi, de recevoir le jeune CNT, le président français comprend tout l'intérêt qu'il peut en tirer."

"De surcroît, BHL confère de la respectabilité au Conseil à un moment où ce dernier était encore mal connu, il le crédibilise aux yeux du président et de l'opinion. (...) La Ligue des droits de l'Homme avait déjà mis en relation certains responsables du CNT avec l'Elysée mais BHL a accéléré le processus, lui a insufflé une dynamique."

» Lire la suite de l'entretien avec Antoine Vitkine

Photo de Marc Roussel, BHL devant les tanks abandonnés par l'armée libyenne
tobrouk roussel

L'ENLISEMENT

Convaincu que l'Occident doit intervenir, Bernard-Henri Lévy, qui est entré dans le pays en mars 2011, fait part de ses doutes après les premiers bombardements, alors que le conflit n'est toujours pas réglé.

Sur ce point, Patrick Haimzadeh, ancien diplomate en poste en Libye et auteur d'Au cœur de la Libye de Kadhafi, estime que "le degré de resistance de la base sociale du régime Kadhafiste a été sous-estimé. Mouammar avait des fidèles, à la fois pour des raisons tribales et parce que des gens profitaient du système depuis 42 ans."

"Les militaires français se sont rendus compte que les bombardements n'allaient pas suffire et que le dictateur ne serait pas tombé si l'Ouest de la Libye ne se soulevait pas. C'est à cet effet que l'ouverture d'un deuxième front a été décidée, et que les rebelles du djebel Nefousa ont été armés par le Qatar et les Émirats."

Haimzadeh renchérit: "Chronologiquement, il y a une vérité de l'intervention qui n'est pas celle de Bernard-Henri Lévy, des décisions ont été prises avant qu'il se rende à Benghazi. Un ambassadeur était même présent pour prendre contact avec le CNT. J'aurais préféré que la situation soit résolue autour d'un départ négocié. Ce que je reproche à cette théorie de la "Guerre juste", c'est qu'on ait dit qu'il n'y avait pas d'autres solutions."

tobrouk bhl

LA MÉMOIRE

"La France Libre a pris corps ici, dans les sables de Libye avec l'épopée de Leclerc. Elle renaît après Londres à Koufra, oasis libyenne où elle remporte sa première vraie victoire militaire et où une poignée de brave font le serment de ne pas déposer les armes tant que le drapeau tricolore ne flottera pas sur la flèche de la cathédrale de Strasbourg."

Fil rouge du Serment de Tobrouk, les nombreuses références aux deux "confréries" qui lui sont chères, Les Brigades Internationales pendant la guerre civile en Espagne et les Forces de la France Libre. Lors d'un voyage à New York, Bernard-Henri Lévy rend hommage à André Malraux qui avait formé la colonne anti-fasciste Abraham Lincoln, partie se battre contre les Franquistes.

"Moi, j'ai une certaine image de mon pays, une certaine image de l'honneur et de la grandeur. Ça passe par ces deux exemples et ces deux traditions là."

Une phrase de Malraux dans La Condition Humaine, "c'était ni vrai, ni faux mais vécu" pourrait décrire les efforts de BHL à décrire son conflit Libyen, hanté par les souvenirs de Bosnie dont il avait déjà fait un documentaire en 1994.

Bosna, bande-annonce

LE FESTIVAL DE CANNES

Vendredi 25 mai dernier, entouré de six acteurs de la révolution libyenne et de cinq militants syriens, Bernard-Henri Lévy donne une conférence de presse à Cannes. Conférence un peu particulière où certains visages sont drapés dans des drapeaux et chaussés de lunettes noires. Incognitos, ces combattants "ont quitté clandestinement la Syrie il y a quelques heures pour découvrir avec nous Le Serment de Tobrouk" déclare Bernard-Henri Lévy

"Le film montre comment des convictions et des idées peuvent infléchir le cours de l'Histoire et rendre possible une ingérence humanitaire et politique qui semblait jusque-là impensable" écrivent Gilles Jacob, le président et Thierry Frémaux, le délégué général du Festival qui ont choisi d'organiser cette séance spéciale.

Parmi les invités, Suliman Fortia, l'un des héros du bastion rebelle libyen de Misrata, s'exprime en arabe, à destination des Syriens que "Bernard-Henri Levy a été le premier à être venu en Libye. Ce qui s'est passé l'a été grâce à lui, car il connaissait Sarkozy".

"Je vous souhaite la même chose. Bachar est un tyran comme Assad, il faut le faire tomber. Ma famille a lutté pendant trente-six ans. Il faut avoir du courage".

serment tobrouk

LA RÉCEPTION

Comme toujours, BHL fait débat. Samedi 1er juin, présent sur le plateau d'On n'est pas couché, l'émission présentée par Laurent Ruquier, Bernard-Henri Lévy est venu défendre Le Serment de Tobrouk. Pris à partie par les deux chroniqueuses, Natacha Polony et Audrey Pulvar, BHL tente d'expliquer que le documentaire est une manière d'interpeller le spectateur et un coup de projecteur sur la situation en Syrie.

Bruno Roger-Petit, journaliste politique invité par LePlus du Nouvel Obs, décrypte le ballet médiatique du trio et prend la défense du philosophe en décrivant l'attitude des polémiste comme une position contre "l'ennemi commun: la social-démocratie."

» Lire la suite sur LePlus

Découvrez l'intervention de BHL

BHL sait que la réception de son documentaire sera probablement plus que mitigée. Dans notre interview, Antoine Vitkine dit d'ailleurs "est-ce que l'hyper-présence de BHL dans ce documentaire, que les commentateurs ont relevé et souvent critiqué, nuira ou aidera ce film, eh bien, on verra. Mais je préfère qu'il y ait à Cannes un documentaire qui parle de la Libye plutôt que des documentaires qui enfoncent des portes ouvertes comme il y en a eu les années précédentes."

OUTRE-ATLANTIQUE

Pendant Cannes, Harvey Weinstein a acquis les droits du documentaire et le distribuera aux États-Unis. The Weinstein Company s'était fendue d'un communiqué: "Le Serment de Tobrouk montre comment les idées et les convictions peuvent changer le cours de l'histoire au travers d'une intervention humanitaire et politique qui aurait sinon paru impossible."

Selon The Hollywood Reporter, Harvey Weinstein soutient pleinement ce film notamment parce qu'il voit dans son acquisition un geste politique, à quelques mois d'une élection présidentielle.

"Le film souligne le leadership du Président Barack Obama et de la Secrétaire d'État Hillary Clinton. Le public américain se verra offrir des images inédites de la manière dont notre gouvernement et les Français ont stoppé le massacre d'innocents et ont brillamment renversé un régime alors que la Syrie est en proie aux mêmes maux."

Lire aussi: "Regarder Tobrouk, et entendre Houla", par Anne Sinclair

Découvrez en exclusivité, dans le vidéorama ci-dessous, trois extraits du Serment de Tobrouk

Close
Le Serment de Tobrouk, extraits exclusifs
sur
Partager
Tweeter
PUBLICITÉ
Partager
fermer
Image affichée