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Abou Yahya al-Libi, "pièce maîtresse" de la machine de propagande d'Al-Qaïda

05/06/2012 05:08 EDT | Actualisé 05/08/2012 05:12 EDT

Des Kalachnikov en évidence derrière lui, un index menaçant: dans ses vidéos le Libyen Abou Yahya al-Libi, que Washington annonce avoir éliminé au Pakistan, incarnait le théoricien d'Al-Qaïda dont il ordonnait la machine de propagande.

Au sein de la nébuleuse, Libi, dont le patronyme indique son pays d'origine, avait le statut de numéro deux, juste derrière Ayman al-Zawahiri, promu après la mort d'Oussama ben Laden en mai 2011.

Avant de l'éliminer au cours d'un tir de drone contre des zones tribales du nord-ouest du Pakistan, les Etats-Unis avaient mis la tête de Libi à prix pour un million de dollars.

Les experts s'accordent pour lui conférer le statut de théoricien.

A en croire Bill Braniff, de START, un centre américain gouvernemental d'étude du terrorisme, "Libi servait de relais entre la vieille garde d'Al-Qaïda et la nouvelle génération, qui commet des attentats en s'inspirant justement des générations précédentes".

De même, à la lumière des documents retrouvés dans la villa qu'occupait Oussama ben Laden à Abbottabad au Pakistan, le défunt leader d'Al-Qaïda semblait "parfaitement conscient d'avoir besoin d'individus comme Libi, dotés de la capacité à inciter les jeunes générations à commettre des actes de violence".

"C'était une pièce maîtresse dans l'appareil de propagande" d'Al-Qaïda, souligne M. Braniff.

Faisant écho au jugement de la Maison Blanche, qui y a vu un "revers majeur" pour Al-Qaïda, Jarret Brachman, expert en antiterrorisme, voit dans la mort de Libi un "coup dévastateur" porté à la direction du réseau extrémiste dont elle "n'arrivera sans doute jamais à se remettre".

"Aucun des dirigeants encore vivants d'Al-Qaïda n'arrive, comme lui, à combiner érudition, charisme et capacité à guider tant les branches régionales d'Al-Qaïda que le mouvement dans sa totalité", a expliqué M. Brachman à l'AFP.

Libi, né en 1963, avait accédé à une certaine notoriété en 2005, lors de son évasion pour le moins rocambolesque de la base aémricaine de Bagram en Afghanistan. Lui et trois autres détenus avaient réussi à crocheter une serrure, puis à échapper à la surveillance de leurs gardiens pour gagner la liberté...

Mais Abou Yahya al-Libi était aussi connu pour ses enregistrements audio et vidéo produits par le réseau extrémiste et diffusées sur As-Sahab, un média proche d'Al-Qaïda. Il y alternait monologues sur l'islam et diatribes.

Bon orateur, Libi était constamment en mouvement, alternant entre le Nord et le Sud-Waziristan, ces régions montagneuses à la frontière de l'Afghanistan, où il avait appris le pachtoune et l'ourdou.

Reste la question de sa succession. Pour Bill Braniff, de START, "Al-Qaïda aura beaucoup moins de difficultés à trouver quelqu'un capable de mener une mission que quelqu'un qui peut servir de porte-parole de façon crédible".

Le réseau, croit-il, " va avoir besoin d'un homme vers lequel tous (ses membres) peuvent se tourner".

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