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Pour son procès en appel, Kerviel ne se juge toujours «pas responsable»

04/06/2012 01:58 EDT | Actualisé 04/08/2012 05:12 EDT

PARIS - Jérôme Kerviel persiste et signe. À l'ouverture de son procès devant la cour d'appel de Paris, l'ancien courtier, lourdement condamné en 2010 pour avoir fait perdre à la Société générale 4,9 milliards d'euros, a affirmé lundi qu'il n'était «pas responsable de cette perte». Il a répété que sa hiérarchie ne pouvait ignorer ses agissements.

Dès l'ouverture de son procès en appel, Jérôme Kerviel, costume bleu marine et chemise blanche, le clame haut et fort: «je considère que je ne suis pas responsable de cette perte». Et comme en première instance, il vise directement ses supérieurs: «j'ai toujours agi en connaissance de cause de ma hiérarchie».

En octobre 2010, l'ancien courtier de la Société générale a été reconnu coupable d'«abus de confiance», d'«introduction frauduleuse de données», ainsi que de «faux et usage de faux» par le tribunal correctionnel de Paris, écopant notamment de trois ans ferme. Il est reproché au prévenu, aujourd'hui âgé de 35 ans, d'avoir pris des positions financières hors des limites autorisées par la banque, jusqu'à 50 milliards d'euros en janvier 2008, en les masquant par des opérations fictives ou en produisant des faux pour les justifier.

Droit comme un «i», jambes écartées et teint bronzé, Jérôme Kerviel raconte que son équipe était informée qu'elle ne devait pas dépasser 125 millions d'euros de positions financières par jour. Mais «on était très régulièrement en dépassement sur cette limite-là», souligne-t-il.

Expliquant son travail à une présidente, Mireille Filippini, qui a visiblement bien étudié la question et ne manque pas une occasion de remettre à sa place son avocat, Jérôme Kerviel reconnaît avoir signé une charte de déontologie. Celle-ci lui interdisait de prendre des risques sans l'autorisation de ses supérieurs. Mais, avoue-t-il, «je ne l'ai pas lue à l'époque». «Mon mandat était de gagner de l'argent pour la banque.»

Certes, les sommes étaient «extravagantes». Mais il ne s'est «jamais posé la question» du dépassement. «On faisait chacun notre trading dans la journée et on découvrait les chiffres le lendemain matin (...) Il n'y avait aucune réunion le soir», explique-t-il. Un matin du second semestre 2007 où il était en dépassement d'un milliard d'euros, il dit avoir «reçu un courriel».

Selon lui, «toutes les limites étaient désactivées. La limite de 125 millions d'euros était informative». Le chef de desk ne leur adressait «aucune remontrance» en cas de dépassement. Et lorsque cela survenait, «on baissait le résultat au niveau de l'équipe». «En 2007, ça m'arrivait souvent de les couvrir», ajoute le prévenu, sans emploi depuis début 2011 et qui ne perçoit aucun revenu, vivant de «la solidarité» de ses proches.

«On est là pour gagner de l'argent, produire du résultat», rappelle l'ancien courtier. «Plus vous gagnez de l'argent, plus cela devient votre objectif», «assigné par la hiérarchie». Il reconnaît une compétition entre collègues. En 2007, lors de son entretien annuel, il affiche «55 millions d'euros de résultats, alors que l'objectif était de 12 millions». Cela devient son objectif pour 2008. Mais ses agissements seront découverts peu après.

«La confiance est importante», insiste Claire Dumas, adjointe au chef du département «risques» de la Société générale. Dans 99,99 pour cent des cas, assure-t-elle, les courtiers viennent voir leur chef de desk pour l'informer qu'ils «sont en dehors de leurs limites». Mais, précise-t-elle, il est «vraiment très rare» qu'elles soient dépassées. «S'ils ne viennent pas prévenir leur chef de desk, ça donne M. Kerviel», lâche-t-elle.

L'audition de Daniel Bouton, ancien PDG de la Société générale, est attendue le 21 juin dans l'après-midi. Le procès doit se poursuivre jusqu'au 28 juin.

Avant même le début de ce second procès, le nouvel avocat de Jérôme Kerviel, Me David Koubbi, a lancé une offensive aussi médiatique que judiciaire contre l'ancien employeur de son client. Il a porté plainte pour «escroquerie au jugement» et «faux et usage de faux» contre la banque qui a répondu par deux plaintes pour «dénonciation calomnieuse». Le parquet de Paris a ouvert deux enquêtes préliminaires après ces plaintes croisées.

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