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Luka Rocco Magnotta a été arrêté sans résistance à Berlin lundi

04/06/2012 11:03 EDT | Actualisé 04/08/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le Canadien le plus recherché de la planète a été arrêté à Berlin, lundi, après avoir été reconnu dans un cybercafé alors qu'il lisait des articles en ligne à son sujet.

L'arrestation de Luka Rocco Magnotta survient moins d'une semaine après qu'Interpol eut émis un mandat d'arrestation international pour le présumé «dépeceur de Montréal».

Un porte-parole de la police de Berlin a confirmé que Magnotta, soupçonné d'un meurtre sordide commis il y a 10 jours dans le quartier Côte-des-Neiges, a été arrêté lundi vers 14 h, heure locale, dans la capitale allemande. Il n'aurait pas résisté à son arrestation.

La nouvelle a été confirmée en après-midi par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Le porte-parole Ian Lafrenière a souligné que la police de Montréal avait reçu la confirmation de l'arrestation de Magnotta à 12 h 40 lundi. Selon le commandant Lafrenière, les nombreuses photos du suspect ont contribué à son arrestation moins d'une semaine après l'alerte internationale d'Interpol.

«Il a utilisé le Web pour se glorifier, mais c'est aussi ce qui a mené à son arrestation», a-t-il soutenu.

Le commissaire en chef de la police berlinoise, Stefan Redlich, a précisé que Magnotta avait été localisé par des policiers en voiture de patrouille, qui lui ont demandé de s'identifier. Ils avaient été alertés par une personne ayant reconnu le suspect dans un café Internet.

La police berlinoise a indiqué que Magnotta avait d'abord tenté de s'identifier sous de faux noms, avant de lâcher: «OK, vous m'avez eu».

«Il n'a pas résisté. Il a été arrêté sans résistance», a souligné le commissaire Redlich en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne.

Le suspect a été incarcéré et comparaîtra ce mardi devant un tribunal allemand, a souligné M. Redlich, une information qui a été confirmée en après-midi lundi par le ministère canadien de la Justice.

Selon M. Redlich, la police fédérale allemande contactera les autorités canadiennes pour s'entendre sur la procédure d'extradition à suivre.

La date de retour au Canada de Magnotta demeure toutefois incertaine pour l'instant. «Cela pourrait prendre beaucoup de temps», a prévenu le porte-parole au Bureau du directeur des poursuites criminelles et pénales, René Verret.

Me Verret a indiqué que le bureau ferait parvenir une requête d'extradition dans les prochains jours au ministre fédéral de la Justice, pour qu'elle soit ensuite acheminée aux autorités allemandes. Si Magnotta ne conteste pas son ordre d'extradition, il pourrait revenir au Canada d'ici deux ou trois semaines, a souligné Me Verret.

Une contestation de la part du suspect pourrait toutefois prolonger le processus pendant des années, a-t-il poursuivi, citant en exemple le cas du marchand d'armes Karlheinz Schreiber, qui détient la double citoyenneté canadienne et allemande. Ce dernier avait été arrêté en 1999 au Canada en vertu d'un mandat d'arrestation allemand, mais Berlin avait dû attendre jusqu'en 2010 avant qu'il vienne faire face à la justice, après une longue saga judiciaire contre son extradition.

«Les représentants du Groupe d’entraide internationale travaillent promptement, en collaboration avec ceux du procureur général du Québec, à réunir les documents à l’appui de la demande», a écrit lundi après-midi Julie Di Mambro, attachée de presse du ministre fédéral de la Justice, Rob Nicholson.

Il lisait les articles sur lui

Le propriétaire du cybercafé situé dans le quartier populaire de Neukölln a confié à l'Associated Press que Magnotta était entré dans son établissement pour lire des articles à son sujet, lorsque l'un de ses employés l'a reconnu.

«Un collègue l'a reconnu parce qu'il venait tout juste de voir ses photos dans le journal», a précisé le propriétaire, qui a requis l'anonymat. Il a raconté que des policiers se trouvaient à l'extérieur au même moment, et que l'employé était allé les prévenir de la présence de Magnotta dans son commerce.

Magnotta, âgé 29 ans, fait face à cinq chefs d'accusation au Québec, notamment de meurtre prémédité, relativement à l'assassinat et au démembrement de Jun Lin, un étudiant chinois de 33 ans, inscrit en génie informatique à l'université Concordia.

Le torse de la victime a été retrouvé mardi dernier dans une valise laissée dans une ruelle du quartier Côte-des-Neiges, à Montréal.

Le SPVM croit que Magnotta a quitté Montréal pour Paris au lendemain du meurtre, qui serait survenu dans la soirée du 24 mai ou dans la nuit du 25. La police a aussi confirmé que le suspect avait été vu à Paris samedi et dimanche derniers.

La cavale du «dépeceur», comme l'a surnommé les médias français, a depuis retenu l'attention à l'échelle internationale. Interpol avait émis un mandat d'arrêt international contre le suspect, né Eric Clinton Newman mais qui se présentait aussi sous le pseudonyme «Vladimir Romanov».

Le suspect fait face à d'autres chefs d'accusation au Québec, dont corruption de moeurs, harcèlement contre le premier ministre Stephen Harper, outrage au cadavre et utilisation du système postal pour expédier du matériel «obscène, indécent, immoral ou grossier».

Un colis contenant un pied sectionné a été envoyé par la poste au bureau national du Parti conservateur à Ottawa. Un deuxième colis, contenant une main, avait été adressé au Parti libéral du Canada, mais des employés de la poste l'avaient intercepté au centre de tri.

L'ancien patron de la victime s'est dit soulagé que le suspect ait été arrêté, même si cela ne ramènera pas Jun Lin à la vie. «Je crois qu'il y a une forme de justice, qu'elle existe», a mentionné Kankan Huang, propriétaire d'un dépanneur où l'étudiant travaillait depuis août dernier. «Ce type va payer pour ce qu'il a fait.»

Il a mentionné que la famille de Jun Lin devrait lui rendre visite dans les prochains jours.

La victime et Luka Rocco Magnotta se connaissaient, avait déjà fait savoir le SPVM. Magnotta avait aussi laissé de nombreuses traces de son passage après avoir quitté Montréal. Il aurait notamment filmé les détails de son méfait et publié cette vidéo sur Internet.

Cette vidéo montre un individu poignardant plusieurs fois un jeune homme avec un pic à glace. Le tueur démembre ensuite le cadavre et semble commettre des actes sexuels et de cannibalisme sur le cadavre.

Magnotta, qui a été mannequin et acteur dans des films pornographiques de série B, a entretenu sa présence sur la Toile au cours des dernières années. Pendant près de deux ans, il a été d'ailleurs une cible connue des groupes de défense des droits des animaux, qui étaient à la recherche d'un homme ayant mis en ligne des vidéos de chats torturés et tués.

Des médias français ont rapporté pendant le week-end que des effets personnels de Magnotta avaient été retrouvés dans une chambre d'hôtel de la banlieue parisienne. Les policiers y auraient retrouvé des magazines pornographiques et des sacs vomitoires pris dans l'avion qui l'a transporté de Montréal à Paris.

Le SPVM a confirmé que le présumé meurtrier était resté dans la capitale française jusqu'à vendredi, au moins. Il aurait ensuite pris un autocar pour Berlin.

Le meurtre sordide a incité l'ambassade chinoise à Ottawa à publier un communiqué dans lequel elle invitait les touristes chinois en sol canadien à la prudence.

De passage à Londres, lundi, pour le jubilé de Diamant de la reine Élizabeth II, le premier ministre Harper a félicité la police berlinoise pour avoir réussi à épingler le suspect.

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