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Le gouverneur antisyndical du Wisconsin menacé de destitution

04/06/2012 07:27 EDT | Actualisé 04/08/2012 05:12 EDT

WASHINGTON - Pour la troisième fois seulement de l'histoire des États-Unis, un État organisera mardi une élection sur la destitution de son gouverneur.

Le gouverneur républicain du Wisconsin, Scott Walker, figure de proue du mouvement Tea Party, espère échapper au même sort que les gouverneurs de la Californie et du Dakota du Nord destitués en 2003 et en 1921, respectivement. Le Wisconsin est profondément divisé par les politiques d'austérité mises de l'avant par le gouverneur.

La bataille du Wisconsin est considérée comme un baromètre de la présidentielle de novembre entre le président démocrate Barack Obama et son rival républicain Mitt Romney. Le débat économique entre le gouverneur et son opposant, le démocrate Tom Barrett, ressemble beaucoup aux arguments qui distinguent Barack Obama de Mitt Romney.

«J'ai un plan pour relancer cet État et créer des emplois», a dit M. Barrett à une station de radio de Milwaukee lundi, au moment où les sondages montrent qu'il est au coude à coude avec M. Walker dans les intentions de vote. «Sa philosophie, c'est "laissons leur argent aux entreprises", mais ses réformes ne marchent pas», a-t-il ajouté en parlant du gouverneur.

Le gouverneur Walker, lui, reste convaincu qu'il ne sera pas destitué.

«Je n'abandonnerai pas jusqu'à 20 heures demain soir; il y a beaucoup d'électeurs à aller voir, beaucoup de gens à qui livrer notre message», a-t-il dit.

La bataille du Wisconsin illustre aussi l'extrême polarisation de l'électorat américain. Les électeurs du Wisconsin sont très divisés quant à leurs opinions au sujet du gouverneur Walker.

Peu après son élection en novembre 2010, Scott Walker s'est mis dans l'eau chaude avec son projet de retirer les droits de négociation collective à presque tous les syndicats représentant les employés de l'État. Il a aussi proposé de réduire les crédits d'impôt et les avantages dont bénéficiaient les pauvres dans une volonté de réduire les dépenses de l'État.

Les mesures proposées ont provoqué la colère des démocrates et des syndicats, qui les considèrent comme une attaque contre le syndicalisme.

Dans la foulée des mesures d'austérité du gouverneur Walker, des pétitions contre lui ont recueilli près d'un million de signatures, ce qui a finalement mené à l'organisation d'une élection sur sa destitution. Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté devant les édifices législatifs de l'État à Madison, mais le projet de loi du gouverneur a néanmoins été adopté.

Les plus récents sondages indiquent que la course sera serrée entre Scott Walker et Tom Barrett, le démocrate qu'il a battu aux élections de mi-mandat de 2010.

Et même si le gouverneur survit au vote, d'autres élus pourraient perdre leur poste, ce qui pourrait avoir un impact significatif sur la politique au Wisconsin au cours des prochains mois. La gouverneure adjointe de l'État, Rebecca Kleefisch, affronte le démocrate Mahlon Mitchell, et quatre sièges de républicains au Sénat de l'État sont également mis en jeu.

Si les démocrates remportent un seul de ces sièges, ils obtiendront la majorité au Sénat de l'État pour la première fois depuis 2010, ce qui leur donnera le pouvoir de superviser le programme du gouverneur.

Avec autant d'éléments en jeu au Wisconsin à quelques mois de l'élection présidentielle, plusieurs, dont le gouverneur Walker lui-même, se demandent pourquoi le président Barack Obama n'a pas fait campagne auprès de Tom Barrett.

«C'est un peu déroutant pour les électeurs d'ici, parce qu'ils se disent: "Pourquoi ne vient-il pas?"», a affirmé le gouverneur Walker sur Fox News, en soulignant que le président avait récemment fait campagne dans les États voisins, mais qu'il ne s'était pas arrêté au Wisconsin.

Mais pour Barry Burden, politologue à l'université du Wisconsin à Madison, ce n'est pas une surprise que le président Obama ne se soit pas impliqué dans la campagne au Wisconsin compte tenu de la campagne difficile que mène Tom Barrett.

«Beaucoup de gens pensent que parce que M. Barrett est en retard dans les sondages depuis le début de la course, la Maison-Blanche ne voulait pas se retrouver liée à une campagne perdante», a estimé M. Burden.

Barack Obama est populaire au Wisconsin, selon un sondage récent mené par l'université Marquette. Il bénéficie d'un taux d'approbation de 52 pour cent dans l'État et devance Mitt Romney dans les intentions de vote, à 51 contre 43.

Le Wisconsin n'a pas voté républicain à la présidentielle depuis 1984, ce qui laisse penser que l'équipe de campagne de Barack Obama a peut-être estimé qu'elle pouvait se permettre de perdre le vote sur la destitution du gouverneur.

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