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Bartaa, village palestinien sur la Ligne verte, cicatrice de l'Histoire

04/06/2012 03:29 EDT | Actualisé 03/08/2012 05:12 EDT

"La Ligne verte, la voilà !", lance Youssef Khabaha en traçant du doigt une limite imaginaire dans la rue principale du souk de Bartaa, entre un magasin de robes pailletées aux couleurs criardes et une échoppe de fruits secs.

Cette ligne datant de l'armistice de 1949 entre Israël et les pays ayant participé à première guerre israélo-arabe (Jordanie, Syrie, Egypte et Liban), est une référence du conflit israélo-palestinien.

Elle est considérée comme la base de départ des pourparlers par les négociateurs palestiniens, qui parlent plus volontiers des "lignes d'avant 1967", et par les auteurs de tous les plans de paix internationaux depuis les accords d'Oslo en 1993.

Mais à Bartaa, un village du Wadi Ara, une région du nord d'Israël, essentiellement peuplée de membres de la minorité arabe d'origine palestinienne, cette ligne empoisonne le quotidien depuis plus de 60 ans.

Les habitants du secteur oriental du village ont besoin d'un permis pour aller de l'autre côté.

"La maison jaune, là-bas, c'est celle de ma tante", explique Khatib Khabaha, en montrant du doigt une bâtisse distante d'environ 200 mètres, à travers la fenêtre de son salon de coiffeur-barbier, à l'est de la Ligne verte.

"Si je vais la voir sans permis, je peux me faire arrêter par les gardes-frontières et je risque une amende", poursuit-il, même si, dans les périodes de calme, les soldats israéliens ferment souvent les yeux.

Jusqu'en 1948, le village était habité par une seule famille élargie, les Khabaha. Après la guerre, la partie orientale est passée sous contrôle jordanien, avec la Cisjordanie, tandis que la partie occidentale a été intégrée à Israël.

Entre 1949 et 1967, la circulation entre les deux moitiés de Bartaa est devenue pratiquement impossible. La guerre de 1967 et l'occupation israélienne de la Cisjordanie ont paradoxalement permis la réunification de la famille Khabaha.

- "Nous ne savons plus où nous sommes" -

A présent, la barrière construite par Israël à quelques kilomètres à l'est du village complique encore la situation. Pour se rendre dans le reste de la Cisjordanie, les habitants de la partie orientale de Bartaa doivent obtenir une autorisation de franchir le mur, via un point de passage ouvert de 06H00 à 21H00.

"Nous ne savons plus où nous sommes", se lamente M. Khabaha, un des notables du bourg, qui sert d'intermédiaire entre les habitants et les forces israéliennes.

"Pour la sécurité, nous dépendons d'Israël, pour tout le reste - santé, éducation - de l'Autorité palestinienne. Quand il y a une urgence médicale la nuit, je dois appeler les Israéliens pour coordonner une évacuation sur l'hôpital de Jénine", la ville palestinienne la plus proche, explique-t-il.

Récemment, un incendie a ravagé un magasin sans qu'aucun pompier ne puisse intervenir à temps.

"Les pompiers palestiniens ont mis une heure à venir parce qu'ils avaient besoin du feu vert des Israéliens pour passer le barrage, et les pompiers israéliens sont arrivés mais ont attendu à 400 mètres de l'incendie parce qu'ils devaient obtenir une permission pour entrer dans la partie orientale", se souvient Mohammad Hamdane, un boutiquier du souk.

Malgré l'effervescence du marché, un mélange coloré et bruyant de magasins hétéroclites - vêtements de contrefaçon, jouets, alimentation -, Khatib Khabaha se sent "en prison".

Il montre le vieux siège réglable de coiffeur qu'il a acheté il y a une trentaine d'années au marché aux puces de Jaffa, près de Tel-Aviv.

"C'était le bon temps, on pouvait aller partout, il n'y avait pas de permis, se souvient-il. Aujourd'hui, "on voudrait juste pouvoir respirer, ne plus être coincé dans cette grande prison entre le mur là-bas et la Ligne verte au milieu du village".

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