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ArcelorMittal: le syndicat dénonce le double discours de la direction

04/06/2012 04:26 EDT | Actualisé 04/08/2012 05:12 EDT

MONTRÉAL - Les travailleurs de l'usine d'ArcelorMittal à Contrecoeur, sur la Rive-Sud de Montréal, dénoncent les investissements de leur employeur en Ontario, au détriment du Québec, selon eux.

Ils réagissent ainsi à ce qu'ils considèrent comme un double discours de la part de la direction, car elle a choisi de renoncer à des investissements majeurs à Contrecoeur — faisant valoir que l'endettement de l'entreprise doit être réduit —, mais procède actuellement à la construction d'une ligne de galvanisation à Hamilton, en Ontario, un projet de 120 millions $.

Or selon le directeur des affaires publiques chez ArcelorMittal au Québec, Éric Tétreault, il n'y a pas eu d'investissement à Hamilton. Ou du moins, pas tout à fait.

Bien qu'une annonce ait été faite pour indiquer que la construction de la ligne de galvanisation de Hamilton est rendue à mi-chemin, M. Tétreault soutient que seuls des montants «mineurs», pigés dans les 120 millions $, ont été alloués pour l'instant.

«On est à mi-chemin dans la construction, oui. Les infrastructures qui devaient recevoir ces investissements-là sont là, mais les investissements comme tels, la grosse partie, pour ne pas dire la presque totalité de l'argent, ne peut pas être versée parce que le marché n'est pas encore au rendez-vous», a-t-il affirmé.

«C'est une partie des 120 millions $ qui est utilisée, mais une très faible partie. On a procédé à une très légère construction pour être prêts à entrer en construction lorsque l'investissement sera lancé», a-t-il ajouté.

De son côté, Claude Langlois, le président de la section locale du syndicat des travailleurs de Contrecoeur, qui font partie des Métallos, s'insurge de constater que la promesse formulée par la direction en 2008 pour la construction d'un laminoir à poutrelles n'a pas été tenue.

Ce projet, qui aurait coûté 650 millions $ et créé 200 emplois selon lui, a été mis au rancart quand la direction a expliqué que le marché des poutrelles n'était «plus là», pour reprendre les mots de M. Langlois.

Le même sort a été réservé aux investissements promis pour un laminoir pour la production de fil machine. Selon M. Tétreault, ces projets ont été suspendus en raison de la situation économique.

«Il faut bien voir qu'on est dans le même esprit que tous les travailleurs. Nous souhaitons que le groupe ArcelorMittal procède à certains investissements à Contrecoeur, mais il a malheureusement décidé que le marché n'était pas assez intéressant pour le faire», a affirmé M. Tétreault.

M. Legault reproche par ailleurs à ArcelorMittal de délocaliser ses activités.

«On n'a aucune retombée économique du Plan Nord à Contrecoeur. Ce qui se passe, c'est qu'ArcelorMittal extrait de nos sous-sols, de nos sols, à Fermont, à Port-Cartier, puis envoie le minerai en Asie», a-t-il dit.

«Il n'y a pas de transformation de billettes et de brame ici, et nous, on pense que les deuxième et troisième transformations d'acier devraient être faites à Contrecoeur», a ajouté le dirigeant syndical.

Ici aussi, M. Tétreault dit comprendre les revendications des syndicats.

«Pourquoi toutes ces étapes-là ne sont pas faites au Québec? C'est pour une question de marché et de transport. L'acier, ça coûte cher à transporter. Si c'était avantageux pour ArcelorMittal de faire davantage de transformation au Québec, nous le ferions», a dit le porte-parole de l'entreprise.

«Mais c'est toujours moins cher de transporter un produit qui n'est pas fini et de le transformer sur place. Les coûts de transport sont "refilés" aux clients. Il est évident qu'il est de plus en plus difficile de faire les deux, trois, quatrième transformations au Québec. C'est une question de marché, afin de de répondre aux clients qui se déplacent de plus en plus vers l'Asie», a-t-il ajouté.

Pour l'instant, l'usine de Contrecoeur enregistre de bonnes performances, mais M. Langlois s'inquiète tout de même pour son avenir.

«On s'en tire bien, présentement, mais notre crainte, c'est le futur des travailleurs et de l'économie locale s'il n'y a pas d'investissement», a-t-il dit.

«Ils (la direction) roulent la machine au bout, il y a des investissements d'entretien, des investissements mineurs pour optimiser la machinerie, mais des montants majeurs et créateurs d'emplois, d'économie, il n'y en a pas à Contrecoeur», a-t-il ajouté.

ArcelorMittal est un groupe sidérurgique mondial présent dans une soixantaine de pays.

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