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Moubarak condamné à la prison à vie, six ex-hauts responsables acquittés

02/06/2012 10:54 EDT | Actualisé 02/08/2012 05:12 EDT

Le président égyptien déchu Hosni Moubarak a été condamné samedi à la prison à vie pour la mort de près de 850 manifestants durant la révolte de 2011 contre son régime mais six anciens hauts responsables de la sécurité ont été acquittés, suscitant des appels à protester dans la rue.

L'un des avocats de M. Moubarak, 84 ans, a aussitôt annoncé à l'AFP que son client allait faire appel. Peu après, l'ancien président, jusque-là placé en détention préventive dans un hôpital militaire près du Caire, a été transféré dans la prison de Tora, au sud de la capitale.

Son ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli, jugé lui aussi pour la mort des manifestants lors de la révolte populaire de janvier/février 2011, a également été condamné à la réclusion à perpétuité. Six anciens hauts responsables des services de sécurité ont en revanche été acquittés.

Les deux fils de M. Moubarak, Alaa et Gamal, qui comparaissaient également, n'ont pas été condamnés, les faits de corruption qui leur étaient reprochés étant prescrits selon le président de la cour, le juge Ahmed Rifaat.

Premier des dirigeants emportés par le "Printemps arabe" à comparaître en personne devant le juge, M. Moubarak était jugé depuis le 3 août 2011. La peine capitale avait été requise contre l'ancien chef d'Etat, qui plaidait non coupable.

La nouvelle de l'acquittement des six anciens responsables de l'Intérieur et le verdict, trop clément pour certains qui espéraient la peine de mort pour M. Moubarak, a provoqué la colère notamment de quelques centaines de personnes qui ont manifesté place Tahrir au Caire.

Les Frères musulmans, première force politique d'Egypte, ont appelé à descendre en masse dans la rue.

Le verdict est "une farce" et il faut "un nouveau procès avec les preuves nécessaires en vue d'une juste punition", selon Mohammed Morsi, le candidat des Frères qui affrontera au second tour de la présidentielle les 16 et 17 juin le dernier Premier ministre de M. Moubarak, Ahmad Chafiq.

"Si les chefs de la police sont innocents, alors qui a tué les manifestants?", a dit à l'AFP un haut responsable des Frères, Mahmoud Ghozlan.

M. Chafiq a de son côté affirmé que les décisions de justice "doivent être acceptées", y compris l'acquittement des six hauts responsables de la sécurité.

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a quant à elle refusé de commenter le verdict, estimant que l'affaire concernait "les Egyptiens, leur système judiciaire et leur gouvernement".

Comme pendant toutes les audiences de son procès, M. Moubarak a comparu couché sur une civière en raison de son état de santé, qui a fait l'objet de nombreuses spéculations. Ses opposants l'accusent en effet de jouer la comédie pour s'attirer la compassion.

Le regard cette fois caché par des lunettes de soleil, il est resté impassible tout au long de l'audience.

Mais une fois arrivé à la prison de Tora, il a refusé en pleurant de quitter l'hélicoptère qui le transportait avant de finalement céder, selon une source de sécurité.

D'après l'agence officielle Mena, il a aussi "souffert d'un problème de santé surprise".

Pendant l'audience, ses fils Alaa et Gamal, vêtus de la tenue blanche des prévenus, avaient l'air grave et les yeux cernés. Ils ont eu les larmes aux yeux après la lecture des verdicts.

Un autre procès les concernant doit s'ouvrir prochainement pour une affaire de corruption boursière, et ils resteront en détention en attendant, a indiqué le Parquet.

Yasser Bahr, l'un des avocats de M. Moubarak, a indiqué à l'AFP qu'il ferait appel: "Ce verdict est plein de failles juridiques. Nous allons gagner (en appel) à un million pour cent".

L'avocat et militant des droits de l'Homme Hossam Bahgat a de son côté estimé que "le verdict soulève plus de questions qu'il n'apporte de réponses".

"Les Egyptiens se sentent vengés de voir Moubarak et son ministre de l'Intérieur condamnés à la prison à vie, mais (...) la cour semble ne pas avoir trouvé de preuves que les meurtres aient été commis par des policiers. Il semble que la cour ait condamné Moubarak et Adli pour avoir échoué à empêcher les meurtres", a-t-il ajouté.

Pour leur part, Amnesty International et Human Rights Watch ont estimé que l'acquittement de six ex-hauts responsables de la sécurité était un déni de justice qui pourrait encourager une culture d'impunité dans la police.

De brefs heurts ont éclaté après la lecture des verdicts devant le tribunal, faisant 24 blessés légers, mais aussi à l'intérieur de la salle d'audience.

Le juge Rifaat a dit avoir pris sa décision "la conscience tranquille". Il a eu a des mots très durs pour la situation de l'Egypte, pays arabe le plus peuplé, sous Hosni Moubarak, faisant notamment référence à la pauvreté de la population et à ceux qui vivaient dans "la pourriture des bidonvilles".

Il a également rendu hommage aux manifestants qui "se dirigeaient vers la place Tahrir pacifiques, demandant seulement justice, liberté, démocratie".

L'audience s'est tenue sous forte protection de la police et de l'armée.

Devant le tribunal, une vingtaine de membres des familles de victimes, venus d'Alexandrie, brandissaient des portraits de leurs "martyrs" et scandaient: "Exécution pour le fils de chien!" ou "Trente ans de torture et de meurtre de la jeunesse, il faut que le déchu soit exécuté".

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