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La Ligue arabe réclame une action ferme de l'ONU vis-à-vis de Damas

02/06/2012 12:45 EDT | Actualisé 02/08/2012 05:12 EDT

La Ligue arabe a demandé samedi à l'ONU de fixer un calendrier pour l'application du plan Annan et de recourir au Chapitre VII de sa charte pour imposer rupture des relations diplomatiques et sanctions à la Syrie, où 38 personnes ont été tuées dans de nouvelles violences.

Le plan de paix du médiateur de l'ONU et de la Ligue Kofi Annan, qui prévoit en premier lieu la fin des hostilités, est resté lettre morte depuis des semaines et la Syrie est désormais au bord de la guerre civile, selon de nombreux dirigeants internationaux.

"La violence a atteint des niveaux totalement inacceptables", a dénoncé samedi M. Annan à la réunion de la Ligue arabe à Doha, ajoutant: "le spectre d'une guerre totale, ayant une dimension confessionnelle inquiétante, augmente au fil des jours".

Dans un communiqué publié au terme de leur réunion extraordinaire, les ministres des Affaires étrangères des membres de la Ligue arabe ont exhorté le Conseil de sécurité à "prendre les mesures nécessaires pour assurer une application totale et immédiate du plan de (...) Kofi Annan selon un calendrier bien défini, et ce en ayant recours au Chapitre VII de la Charte des Nations unies".

Par ce recours, les ministres demandent "la suspension partielle ou totale des relations économiques, des liaisons ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques et de télécommunications et la rupture des relations diplomatiques" entre la Syrie et les autres pays.

Le Chapitre VII prévoit aussi la possibilité d'un recours à la force en cas de menaces contre la paix. Mais, alors qu'on l'interrogeait sur cette possibilité, le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, a laconiquement répondu: "Nous n'avons demandé aucune action militaire".

"C'est au Conseil de sécurité de décider des sanctions économiques ou d'aller au delà", a-t-il ajouté.

Le secrétaire général de la Ligue arabe a par ailleurs proposé de modifier le mandat des observateurs qui, au nombre de près de 300, sont chargés de superviser un cessez-le-feu, constamment violé depuis son entrée en vigueur le 12 avril.

"Une modification du mandat des observateurs ou la transformation (de ce corps) en une force de la paix sont des alternatives", a déclaré M. Arabi.

Présent à la réunion de Doha, le chef démissionnaire du Conseil national syrien (CNS, principale coalition de l'opposition), Burhan Ghalioun, a indiqué à l'AFP espérer "la mise en place d'une force arabe de dissuasion".

D'autre part, les ministres arabes ont demandé à la direction du satellite arabe Arabsat et à celle de la Compagnie égyptienne des satellites Nilesat "de prendre les mesures nécessaires pour arrêter la diffusion des chaînes satellitaires syriennes officielles et non officielles", une décision dénoncée comme "une agression contre la liberté de la presse", par le ministère syrien de l'Information.

Sur le terrain, 39 personnes ont encore péri dans les violences samedi, dont 22 soldats, d'après l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les troupes syriennes ont mené des perquisitions à la recherche de militants anti-régime dans la province de Homs (centre), ainsi qu'à Hama (centre) et Deraa (sud).

Dans cette dernière ville, six soldats ont péri dans des combats avec des rebelles, selon l'OSDH. Huit autres soldats ont été tués lors de combats avec des rebelles de l'Armée syrienne libre (ASL, force d'opposition armée composée essentiellement de déserteurs) près de Damas.

Des responsables de l'ASL avaient annoncé vendredi qu'ils reprenaient les "opérations défensives", s'estimant affranchis des engagements pris dans le cadre du plan Annan.

Les dirigeants internationaux ont souligné ces derniers jours à l'unisson le risque grandissant de guerre civile totale, mais sans parvenir à mettre fin à leurs divisions quant à la façon de faire cesser la spirale des violences qui a fait plus de 13.400 morts depuis mars 2011.

Samedi, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a souligné, lors d'un entretien téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov, la nécessité de travailler ensemble sur la Syrie, a annoncé un responsable américain.

"Son message à son adresse était: (...) je veux que nos responsables travaillent ensemble sur des idées à Moscou, en Europe, à Washington, partout où cela nous sera nécessaire", a-t-il ajouté.

Le président russe Vladimir Poutine, allié indéfectible du régime Assad, avait de nouveau écarté vendredi toute sanction de l'ONU contre Damas de même que le départ du dirigeant syrien.

Au Liban voisin, où la révolte syrienne attise les tensions, dix personnes ont été tuées et 31 blessées ces dernières 24 heures à Tripoli (nord) lors de nouveaux affrontements entre partisans et opposants au régime de Damas, selon une source des services de sécurité. Dix personnes avaient déjà péri à la mi-mai dans des violences similaires.

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