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Hosni Moubarak condamné à la prison à vie après un procès historique

02/06/2012 05:37 EDT | Actualisé 02/08/2012 05:12 EDT

Le président égyptien déchu Hosni Moubarak, 84 ans, a été condamné samedi à la prison à vie pour le meurtre de manifestants durant la révolte contre son régime, au terme de dix mois d'un procès historique.

L'ancien chef d'Etat, qui comparaissait couché sur une civière en raison de son état de santé comme pendant chaque audience du procès, le regard caché par des lunettes de soleil, est resté impassible tout au long de la session.

Premier des dirigeants emportés par le "Printemps arabe" à comparaître en personne devant un juge, M. Moubarak est jugé depuis le 3 août 2011. La peine capitale avait été requise contre l'ancien chef d'Etat, qui plaidait non coupable.

Son ancien ministre de l'Intérieur Habib el-Adli, jugé lui aussi pour la mort de plus de près de 850 personnes lors de la révolte populaire de janvier/février 2011, a également été condamné à la prison à vie. Six anciens hauts responsables des services de sécurité ont en revanche été acquittés.

Les deux fils de M. Moubarak, Alaa et Gamal, qui comparaissaient également, n'ont pas été condamnés, les faits de corruption qui leur étaient reprochés étant couverts par la prescription, a déclaré le président de la cour, le juge Ahmed Rifaat.

Alaa et Gamal Moubarak, vêtus de la tenue blanche des prévenus, avaient l'air grave et les yeux cernés. Les deux hommes ont eu les larmes aux yeux après la lecture des verdicts.

Un autre procès les concernant doit toutefois s'ouvrir prochainement, pour une affaire de corruption boursière.

De brefs heurts ont éclaté après la lecture des verdicts devant le bâtiment mais aussi à l'intérieur de la salle d'audience.

"Nul et non avenu! Nul et non avenu!", "Le peuple veut la purge de la justice!", ont crié des avocats, furieux après l'acquittement des six responsables de la sécurité et l'annonce de la prescription des charges contre Alaa et Gamal Moubarak.

La télévision d'Etat, qui a retransmis l'audience en direct, a montré des images d'un jeune homme le cou en sang tandis que des hommes en venaient aux mains.

Les avocats qui se sont constitués partie civile ont aussi dit craindre que M. Moubarak et son ex-ministre de l'Intérieur ne soient acquittés s'ils faisaient appel, comme ils en ont la possibilité.

Le juge Rifaat a dit avoir pris sa décision en ayant "la conscience tranquille".

Il a eu a des mots très durs pour la situation de l'Egypte pendant les trente années de règne de M. Moubarak, en faisant notamment référence à la pauvreté de la population.

Il a également rendu hommage aux manifestants qui s'étaient soulevés contre le régime au début de l'année dernière. "Ils se dirigeaient vers la place Tahrir pacifiques, demandant seulement justice, liberté, démocratie", a-t-il lancé.

L'audience s'est tenue sous très haute sécurité. Des centaines de policiers anti émeutes et des blindés de l'armée entouraient le bâtiment pour prévenir les heurts qui se sont produits à plusieurs reprises par le passé devant le bâtiment entre pro et anti Moubarak.

Devant le tribunal, une vingtaine de membres des familles de victimes, venus d'Alexandrie, brandissaient des portraits de leurs "martyrs".

"Exécution pour le fils de chien!", "Trente ans de torture et de meurtre de la jeunesse, il faut que le déchu soit exécuté", scandaient-ils.

Ce verdict intervient en pleine élection pour la désignation du successeur du président déchu, lors d'un scrutin pluraliste qui tranche avec les votes acquis d'avance largement boudés par les électeurs qui lui avaient permis de rester au pouvoir.

Une élection qui verra s'affronter au second tour, les 16 et 17 juin, Mohammed Morsi, candidat des Frères musulmans -un mouvement autrefois illégal même s'il était toléré dans les faits- et le dernier Premier ministre de M. Moubarak, Ahmad Chafiq.

Ancien chef de l'armée de l'air égyptienne puis vice-président d'Anouar al-Sadate, M. Moubarak a pris la tête du pays le plus peuplé du monde arabe -82 millions d'habitants- après l'assassinat de ce dernier en 1981.

Sa santé a fait l'objet de nombreuses spéculations: il souffrirait de problèmes cardiaques mais le ministère de la Santé a démenti qu'il ait un cancer, contrairement à ce qu'avait assuré son avocat.

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