NOUVELLES

Egypte: les acquittements au procès Moubarak déchaînent les critiques

02/06/2012 11:54 EDT | Actualisé 02/08/2012 05:12 EDT

A peine prononcé, le verdict du procès du président égyptien déchu Hosni Moubarak a provoqué samedi de nombreuses protestations, en raison notamment des acquittements de six anciens responsables de la police, toujours honnie par une grande partie des Egyptiens.

Ce jugement pèse également sur le contexte déjà tendu du second tour de l'élection présidentielle prévu les 16 et 17 juin, qui oppose l'islamiste Mohammed Morsi au dernier Premier ministre de M. Moubarak, Ahmad Chafiq.

M. Morsi a immédiatement qualifié ce procès de "farce" et demandé un nouveau jugement. La puissante organisation des Frères musulmans à laquelle il appartient a appelé à des manifestations.

Des candidats éliminés au premier tour de l'élection, les 23 et 24 mai, ont également dénoncé le résultat de ce procès, accusé de blanchir la haute hiérarchie policière.

"Nous n'allons pas trahir le sang des martyrs, nous ne permettrons pas une reproduction du régime de l'oppression, de la corruption et de la dictature" a réagi l'un d'eux, le nationaliste arabe Hamdeen Sabbahi.

M. Chafiq a à l'inverse souligné la nécessité "d'accepter toutes les décisions de justice".

L'ancien chef d'Etat, 84 ans, accusé pour la mort de quelque 850 personnes lors de la révolte contre son régime, a été condamné à la réclusion à perpétuité, de même que son ministre de l'Intérieur Habib el-Adli.

La peine capitale avait été requise contre l'ancien président, qui plaidait non-coupable, de même que contre son ancien ministre.

Mais c'est l'acquittement de six anciens hauts responsables des services de sécurité qui a provoqué les réactions les plus vives dans la classe politique, chez les défenseurs des droits de l'Homme et parmi la population. La peine capitale avait également été requise contre eux.

"Le jugement est nul et injuste. Nous avons d'abord été heureux de la condamnation (de Moubarak), mais ensuite il y a eu les acquittements", déplorait Soha, une manifestante venue devant le tribunal.

Ces réactions témoignent notamment de l'aversion toujours vivace d'une grande partie des Egyptiens pour la police de M. Moubarak, accusée d'avoir été le pilier de la répression et de l'arbitraire pendant ses trente années de règne, et d'avoir assumé l'essentiel des violences lors de la révolte.

"Beaucoup voient dans les acquittements de tous les hauts responsables des services de sécurité le signe que ceux qui ont été responsables d'atteintes aux droits de l'Homme peuvent encore échapper à la justice", a estimé Amnesty International.

Pour Heba Morayef, de l'organisation Human Rights Watch (HRW), "le verdict d'aujourd'hui continuera de protéger l'impunité du ministère de l'Intérieur dans la violence contre les manifestants".

Le parquet n'a pas fait savoir s'il ferait appel des condamnations ou des acquittements.

La possibilité que la condamnation à vie de M. Moubarak soit annulée ou allégée en appel provoque aussi l'inquiétude de certains juristes ou militants.

Cette condamnation constitue en pratique "un jugement faible qui peut être annulé en appel ou par la cour de Cassation", a affirmé à l'AFP l'avocat Abdel Aziz Amer. La défense de M. Moubarak a d'ailleurs annoncé qu'elle allait faire appel.

Ses deux fils, Alaa et Gamal, qui étaient poursuivis uniquement pour des malversations financières, n'ont pas non plus été condamnés, le juge Ahmed Rifaat ayant fait valoir samedi que les faits étaient couverts par la prescription.

Alaa, un riche homme d'affaires, et surtout l'ambitieux Gamal, autrefois successeur présumé de son père, incarnent pour de nombreux Egyptiens un système politico-financier corrompu.

"Le verdict a de fait déclaré le régime innocent des accusations d'avoir pillé l'argent du peuple", estime Me Abdel Aziz Amer.

"Le verdict soulève plus de questions qu'il n'apporte de réponses", a estimé l'un des défenseurs égyptiens des droits de l'Homme les plus en vue, Hossam Bahgat.

bur-cr-mae/iba/feb

PLUS:afp