LONDRES - Le nombre de cas de cancer pourrait exploser de 75 pour cent d'ici 2030 à l'échelle internationale au fur et à mesure que les mauvaises habitudes de vie occidentales se propagent au reste de la planète, préviennent des experts.

Si la croissance et le vieillissement de la population seront responsables de la majeure partie de cette hausse, poursuivent les experts, au moins le cinquième des nouveaux cas sera attribuable à des facteurs évitables.

Les cancers dus à des infections, comme le cancer du col de l'utérus ou certains cancers de l'estomac ou du foie, sont en régression.

Mais les experts estiment que ce recul sera compensé par la hausse des cancers associés à une mauvaise alimentation, à la sédentarité, au tabagisme et à la consommation excessive d'alcool — comme les cancers du poumon, du côlon et du sein.

Les chercheurs estiment que d'ici 2030, le nombre de gens souffrant de cancer dans certains des pays les plus pauvres aura augmenté de plus de 90 pour cent.

De précédentes initiatives de santé publique visant à combattre des maladies infectieuses comme le paludisme et le sida signifient aussi que les gens survivent maintenant assez longtemps pour développer un cancer, une maladie normalement associée au vieillissement.

Les experts croient que les pays en voie de développement devraient tirer les leçons qui s'imposent de ce qui s'est produit en Occident afin d'éviter de reproduire les mêmes erreurs.

«Il n'est pas nécessaire de voir le fardeau du cancer du poumon de l'Occident être transféré aux pays en voie de développement», a dit John Groopman, de l'École de santé publique Johns Hopkins Bloomberg de Baltimore. M. Groopman n'a pas participé à cette étude.

Il a ajouté que les responsables de la santé publique devaient agir dès maintenant pour éviter une avalanche éventuelle de cas de cancer.

«C'est une idée fausse de penser qu'on ne peut rien faire, a-t-il dit. Si nous utilisons le test de dépistage du cancer du col de l'utérus et le vaccin pour le prévenir, nous pourrions éradiquer le cancer du col de l'utérus d'ici la fin du siècle.»

La recherche a été réalisée par le Centre international de recherche sur le cancer (IARC) de Lyon, en France, et la Société américaine du cancer. L'étude a été publiée vendredi par le journal scientifique Lancet Oncology.

Le chercheur de l'IARC, Freddie Bray, et ses collègues estiment qu'il y aura 22,2 millions nouveaux cas de cancer dans 184 pays d'ici 2030, selon de récentes tendances et les projections démographiques des Nations unies.

Il y avait, en comparaison, 12,7 millions de cas en 2008. M. Bray reconnaît que ces données sont entourées d'une certaine incertitude, puisque les registres de cancer compilés en Afrique, en Asie et en Amérique latine contiennent les données d'environ 10 pour cent de la population.

Dans la majorité des pays en voie de développement, les gens souffrent surtout des cancers causés par des infections. À l'avenir, ils combattront non seulement ces cancers, mais aussi ceux associés à un mode de vie malsain, comme ceux du poumon, du sein et du côlon.

M. Bray prédit que le taux de tabagisme actuel en Chine se traduira par une explosion des cas de cancer du poumon au cours des prochaines décennies, et il souligne que des pays comme l'Ouganda sont déjà confrontés à la double menace des cancers infectieux et de ceux que l'on retrouve habituellement en Occident.

D'autres experts préviennent que les pays les plus pauvres doivent mettre l'accent sur la prévention, puisque le cancer peut être très dispendieux à traiter.

«Même les pays développés ne peuvent se permettre de payer pour certains traitements anticancer de pointe», a dit Raghib Ali, de l'université Oxford.

M. Ali estime qu'il pourrait être possible d'éviter entre le tiers et la moitié des futurs cas de cancer en convainquant les gens de mieux s'alimenter, de cesser de fumer et de faire de l'exercice. «Malheureusement, ce sont plusieurs des choses que les gens ne veulent pas faire», a-t-il dit.