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Les pays ACP boycottent un événement consacré à la lutte contre l'homophobie

01/06/2012 07:13 EDT | Actualisé 01/08/2012 05:12 EDT

Le groupe des pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) a annulé à la dernière minute vendredi sa participation officielle à une conférence organisée par la Commission européenne à cause de l'inscription de la lutte contre l'homophobie à l'ordre du jour.

L'événement était initialement annoncé comme "organisé par la Commission européenne, avec les pays ACP et le Parlement européen", et un point de presse était prévu avec des représentants des trois institutions: le commissaire chargé de l'aide au développement Andris Piebalgs, l'eurodéputé travailliste britannique Michael Cashman et Alva Baptiste, le ministre des Affaires étrangères de Sainte-Lucie, actuel président du groupe des Etats ACP.

Ce dernier a finalement fait faux bond, et M. Cashman a précisé que les pays ACP l'avaient informé au début de la conférence "qu'ils ne participeraient pas officiellement à la conférence au motif que l'orientation sexuelle était à l'agenda".

De fait, quelque 49 des 79 pays membres du groupe ACP, qui regroupe principalement les anciennes colonies européennes devenues indépendantes, criminalisent encore aujourd'hui l'homosexualité, a relevé M. Cashman.

En raison de leurs divisions, les pays ACP ne se sont pas entendus sur un "mandat" pour participer à la conférence.

Mais quelques pays ont participé à titre individuel, notamment le Sénégal, où l'homosexualité est sanctionnée pénalement.

"Le dialogue politique est crucial", a commenté le commissaire Piebalgs, saluant ces participations individuelles.

Ces pays "ont exprimé leurs vues et il est important de poursuivre le dialogue", a relevé M. Piebalgs.

"En même temps, il est de mon devoir de soutenir les groupes minoritaires et la lutte contre les discriminations", a souligné M. Piebalgs, en annonçant le déblocage d'une aide de 20 millions d'euros à destination des ONG et de la société civile pour aider à la lutte contre "toute sorte de discrimination" qui affecte "des millions de personnes dans le monde".

Le débat a donné lieu à un long échange avec l'ambassadeur du Sénégal Paul Badji.

"Des débats comme ceux-ci sont des débats difficiles parce qu'ils touchent à nos valeurs dans nos sociétés", a souligné M. Badji, en déplorant que "l'Afrique semble toujours être au banc des accusés".

"Je refuse de considérer que nous avons des leçons à recevoir de qui que ce soit en matière de démocratie", a-t-il souligné, en estimant qu'il fallait aussi donner "le temps au temps" pour que la "masse critique" évolue au sein des opinions africaines.

"Où que j'aille, les pays me disent que leurs communautés ne sont pas prêtes", a remarqué pour sa part la Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'homme, Navi Pillay. "Comment met-on un terme à ce cercle vicieux ? Il faut bien commencer quelque part", a-t-elle souligné.

"Je commence à en avoir singulièrement assez qu'on me resserve tout le temps le colonialisme, le fait qu'on vous accuse. Personne ne vous accuse !", s'est insurgé de son côté le co-président de l'Assemblée parlementaire paritaire ACP-UE, le Belge Louis Michel, en soulignant qu'en Europe aussi, la lutte contre les discriminations n'était pas terminée.

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