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Les négociations nucléaires entre l'Iran et les 5+1 dans une phase critique

01/06/2012 07:31 EDT | Actualisé 01/08/2012 05:12 EDT

Les difficiles négociations entre l'Iran et les grandes puissances pourraient aboutir à une rupture si aucune percée n'intervient lors de la rencontre de Moscou, alors que les deux parties multiplient les manoeuvres d'intimidation, selon diplomates et analystes.

Déclarations, rodomontades officielles, "fuites" dans les média, la bataille de propagande a repris des deux côtés après l'échec de Bagdad, au risque de déboucher sur le recours à la force si le blocage persiste à Moscou les 18 et 19 juin.

"Les deux parties se sont lancées dans une escalade rhétorique, (...) et elles s'approchent du point critique où il ne sera plus possible de retarder le choix inévitable entre un compromis ou l'option militaire", estime Reza Marashi, analyste au Conseil national irano-américain.

"Il m'est de plus en plus difficile de voir une issue qui ne se termine pas dans les larmes", relève un diplomate du groupe des 5+1 engagé dans les négociations nucléaire avec l'Iran, parlant à l'AFP sous condition d'anonymat.

Les Etats-Unis comme Israël --ennemi juré de l'Iran qui l'a voué à la destruction-- ont réaffirmé, après Bagdad, que l'option d'une frappe militaire contre les installations nucléaires iraniennes demeurait "sur la table".

"Nous n'avons pas l'intention de poursuivre indéfiniment les discussions (...). Le créneau se réduit", a affirmé jeudi l'ambassadeur des Etats-Unis en Israël Dan Shapiro, alors que le ministre de la Défense israélien Ehud Barak réaffirmait que l'Etat hébreu n'attendra pas qu'il soit "trop tard" pour bloquer le programme nucléaire iranien par une action militaire.

Les négociations de Bagdad ont montré l'ampleur de l'écart entre les positions des deux parties, diplomatiquement qualifié de "différences significatives" par la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton, représentant les 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne).

--- l'enrichissement à 20%, question prioritaire ---

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La priorité des grandes puissances à Moscou sera de convaincre l'Iran de renoncer à continuer à enrichir son uranium à 20%, et de leur livrer son stock d'une centaine de kilos en échange de combustible pour le réacteur nucléaire de Téhéran, justification iranienne de la production d'uranium à 20%.

Ce niveau d'enrichissement rapproche l'Iran de celui, au delà de 90%, permettant la construction d'une arme nucléaire, dont les Occidentaux soupçonnent Téhéran de chercher à se doter malgré ses dénégations répétées.

"Les négociations de Moscou devront aboutir à un résultat acceptable sur le 20% sinon le processus de négociations capotera", estime un diplomate des 5+1 sous condition d'anonymat.

Mais l'Iran a réaffirmé qu'il n'y avait "pas de raison" pour qu'il cède. "L'enrichissement à 20% n'est pas un pas vers la bombe atomique (...) c'est notre droit selon les règles internationales", a rappelé mercredi le président Mahmoud Ahmadinejad.

Téhéran juge que les grandes puissances ne lui offrent quasiment rien en retour d'éventuelles concessions, notamment concernant la levée des sanctions économiques occidentales sévères qui frappent le système bancaire iranien et son secteur pétrolier, principale ressource du pays.

L'Iran exige aussi la reconnaissance de son droit à enrichir de l'uranium dans le cadre du Traité de non-prolifération (TNP) dont il est signataire, alors que le Conseil de sécurité de l'ONU lui demande en vain depuis 2006 de "suspendre" cette activité condamnée par plusieurs résolutions.

Dans ce contexte, l'Iran a multiplié les annonces destinées à montrer qu'il n'était pas en situation de faiblesse en dépit des sanctions, des menaces militaires, et des pressions occidentales l'avertissant que "l'heure tourne".

Il a annoncé le chargement dans son réacteur de recherche de Téhéran du premier combustible à 20% fabriqué localement, le début l'an prochain de la construction d'une nouvelle centrale nucléaire à Bouchehr, la réparation malgré l'obstruction de Moscou d'un des sous-marins russes de la marine iranienne, ou encore le lancement --retardé depuis-- d'un quatrième satellite, autre activité qui alimente les soupçons occidentaux sur les objectifs militaires de la République islamique.

Les médias occidentaux de leur côté ont monté en épingle la découverte par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), qui supervise la plupart des sites nucléaires iraniens, de traces d'uranium enrichi à 27% dans une usine d'enrichissement, un incident qui pourrait être purement technique selon les experts.

Le Washington Post, citant des sources anonymes dans les milieux du renseignement, a affirmé de son côté cette semaine que l'Iran ou son allié libanais du Hezbollah étaient derrière des tentatives récentes d'attentats visant notamment des Américains, des Israéliens ou des Saoudiens dans plusieurs pays.

mrb-lma/sw

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