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La frontière nord du Liban, une enclave de peur et d'oubli

01/06/2012 12:37 EDT | Actualisé 01/08/2012 05:12 EDT

"Avant, on entendait parler de l'exil des Palestiniens. Aujourd'hui, on est comme eux". A Wadi Khaled, région libanaise frontalière de la Syrie, Farhat Moustapha al-Kordi craint comme de nombreux réfugiés syriens de devenir un oublié du conflit dans son pays natal.

Pire encore, ces réfugiés, qui ont fui en majorité la province voisine de Homs, se disent de plus en plus "harcelés" par des hommes à la solde du régime de Bachar al-Assad, accusés d'enlever des Syriens et des Libanais jusqu'à Tripoli, la grande ville du nord du Liban.

Dans la cour d'une école réhabilitée par le Haut commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) à al-Rama, village situé à deux kilomètres à peine de la frontière, une ribambelle d'enfants s'amusent à courir les uns après les autres, oublieux du regard affligé de leurs parents.

"Je sors me promener dans la cour de cette école, comme dans une prison. C'est pire qu'une prison", affirme Farhat, 39 ans, la barbe frisottante, qui a fui son village de Tall Kalakh depuis l'éclatement de la révolte.

Pour les réfugiés, le séjour forcé qui s'éternise dans cette école est d'autant plus difficile que les moyens de subsistance, déjà maigres, se réduisent comme peau de chagrin.

"Dans le passé, nous recevions de l'aide des ONG chaque mois. Depuis deux mois, nous ne recevons presque plus rien. Wadi Khaled est devenue une région oubliée", se plaint Ahmad, 27 ans.

"Nous sommes devenus comme des animaux, nous ne faisons que manger pour survivre", dit-il. "Mieux vaut mourir que vivre comme ça".

Ahmad, électricien, dit avoir la chance de "gagner entre 5.000 et 6.000 livres libanaises (environ quatre dollars) pour de petits boulots".

Mais des denrées alimentaires de base restent rares: "du poulet? de la viande? on en rêve!".

Manal, 33 ans, mère de trois enfants renchérit: "il y avait beaucoup plus d'aides avant. Aujourd'hui, on mange une fois par jour".

"Parfois, je me dis que vivre à Tall Kalakh sous les bombes, c'est mieux".

En avril, le HCR s'est inquiété du manque de fonds pour répondre aux besoins des 61.000 réfugiés syriens dans la région, dont plus de 22.000 vivent au Liban, notamment dans la région déjà pauvre de Wadi Khaled (nord).

"Nous continuons d'aider les réfugiés, mais il est vrai que les incidents de sécurité des dernières semaines ont ralenti le processus", reconnaît Dana Sleiman, une porte-parole du HCR au Liban.

Sur le manque de fonds s'est greffée en effet une situation de danger de plus en plus palpable à la frontière poreuse, avec des tirs de soldats syriens, et récemment la multiplication d'enlèvements attribués aux "suppôts de Bachar".

De plus, le nord du Liban a été secoué en mai par des affrontements meurtriers entre pro et anti-Assad à Tripoli, et la mort d'un cheikh sunnite, tué par des tirs de l'armée, qui a fait craindre de faire replonger le pays dans un nouveau cycle de violences.

Mercredi, l'opposition syrienne a accusé Damas d'"augmenter ses attaques contre des civils libanais et des réfugiés syriens" à la frontière, de "kidnapper des blessés dans les hôpitaux", et "les mercenaires du régime de créer des points de contrôle" au Liban qui a connu pendant 30 ans une tutelle de Damas.

Les partisans de Damas au Liban, comme le Hezbollah chiite, accusent de leur côté l'opposition pro-occidentale d'avoir transformé le Liban en une "plateforme" pour les rebelles syriens.

"Il y a des partisans du régime qui viennent nous demander ce que nous faisons et nous disent de nous en aller", affirme à l'AFP Souheib, un militant syrien.

"On est parti à Tripoli, ils nous ont harcelés aussi, alors nous nous sommes dispersés", ajoute-t-il.

"Les chabbiha (milices pro-régime en Syrie) enlèvent parfois des réfugiés innocents et les ramènent en Syrie où ils sont emprisonnés", dit-il encore.

ram/vl

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