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Enchères énergétiques: l'Irak a mis la barre trop haut

01/06/2012 06:44 EDT | Actualisé 01/08/2012 05:12 EDT

L'impuissance de l'Irak à attirer les majors étrangères lors du 4è round d'enchères pétrolières et gazières organisé cette semaine s'explique par le peu d'attrait de la formule retenue et par le manque d'infrastructures dans les zones concernées, selon des analystes.

Douze sites, sept pour le gaz et cinq pour le pétrole, passaient sous le marteau mercredi et jeudi, mais seuls 3 d'entre eux ont été attribués, tandis que huit n'ont reçu aucune offre. Contrairement aux trois rounds d'enchères précédents, il s'agissait de blocs d'exploration et non de gisements déjà existants.

Les autorités irakiennes se sont malgré tout félicitées de ce "grand succès", faisant valoir que la vente d'un quart des lots proposés était un bon résultat. Mais les analystes sont d'un autre avis.

"Cela n'a pas été un succès", estime l'experte Ruba Husari, qui dirige le site spécialisé Iraq Oil Forum. "Le principal objectif du 4è round était de trouver du gaz et de l'extraire", souligne-t-elle.

Deux facteurs ont pesé selon elle: le manque d'infrastructures dans les zones de l'ouest du pays, où étaient proposés de vastes territoires pouvant receler du gaz, et des termes contractuels faisant supporter trop de risques aux investisseurs.

"Tant que vous n'avez pas foré, trouvé quelque chose, que vous n'avez pas évalué et jugé cette découverte commercialisable, vous ne pouvez pas dire combien vous voulez être rémunéré pour que le projet soit faisable", explique-t-elle. Et sans infrastructures pour produire et exporter, il n'y a de toute façon pas de rémunération, ajoute-t-elle.

Comme lors des précédentes enchères, les groupes retenus avaient accepté d'être rémunérés sur une base fixe et non sur la base de contrats de partage de production, qui ont la préférence des grands groupes. Mais cette formule est peu adaptée dans le cas de blocs d'exploration, estiment les experts.

"Ce sont les termes du contrat et les restrictions, comparé à d'autres parties du monde" qui ont posé problème, souligne Manoucher Takin, analyste au Centre for Global Energy Studies à Londres.

Elles prévoyaient notamment que les entreprises découvrant du pétrole dans ces territoires pourraient se voir contraintes d'attendre sept ans avant de l'extraire, l'Irak se trouvant déjà en pleine phase d'accélération de sa production de brut et redoutant des goulots d'étranglements.

Pour les entreprises, une telle perspective n'est guère attractive: "Les gens veulent gagner de l'argent sur leurs investissements, pas juste récupérer leur mise", souligne M. Takin.

L'Irak pompe actuellement environ 3 millions de barils de pétrole par jour (mbj) dont 2,4 millions sont exportés, mais table sur une forte croissance dans les années à venir, grâce aux contrats alloués lors des précédentes enchères.

Le pays est assis sur des réserves considérables, estimées à 3.200 milliards de mètres cubes de gaz naturel et 143,1 milliards de barils de pétrole. C'est l'attrait de ces réserves qui a poussé dans le passé certains groupes étrangers à accepter de n'être rémunéré que 1,15 dollar par baril pour mettre le pied dans des gisements déjà en production.

Alex Munton, analyste du centre de recherche Wood Mackenzie à Edimbourg, estime lui aussi qu'un calcul similaire ne pouvait fonctionner pour les contrats mis à l'encan cette semaine.

"Les Irakiens travaillent avec un modèle qui n'est pas attractif pour l'exploration. (...) Cela ne marche pas quand il est question d'une entreprise nettement plus risquée. Si vous allez dépenser de l'argent sans savoir si vous allez trouver quelque chose, le volet récompense de l'accord doit être plus élevé", souligne-t-il.

Pour Mme Husari, les enchères ont de fait revêtu des allures de "partie de poker". "Vous ne pouvez pas parier sur quelque chose que vous ne savez pas. Et vous ne savez pas ce que vous allez trouver".

psr/ahe/sw

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