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Des milliers d'Égyptiens exigent la disqualification de l'ex-premier ministre

01/06/2012 12:54 EDT | Actualisé 01/08/2012 05:12 EDT

LE CAIRE, Égypte - Des milliers de personnes ont manifesté dans différentes villes d'Égypte, vendredi, pour demander qu'Ahmed Shafiq, un ancien haut responsable du régime d'Hosni Moubarak, soit disqualifié du second tour de l'élection présidentielle.

Ahmed Shafiq, qui a été le dernier premier ministre de Moubarak, est l'un des deux gagnants du premier tour de la présidentielle du mois dernier. Au second tour des 16 et 17 juin, il affrontera le candidat des Frères musulmans, Mohammed Morsi.

Ce deuxième tour qui divise les Égyptiens reproduit en quelque sorte la dynamique de l'ancien régime, où les Frères musulmans étaient la seule opposition autorisée. Les jeunes militants laïques qui ont été à l'origine du soulèvement contre le régime, l'an dernier, se sentent laissés de côté.

À Alexandrie, sur la côte méditerranéenne, au moins 7000 personnes se sont rassemblées pour demander qu'Ahmed Shafiq soit exclu du second tour compte tenu de son passé de haut responsable de l'ancien régime. Certains manifestants ont brandi des chaussures dans les airs en guise d'insulte contre le candidat.

Des rassemblements plus modestes ont également eu lieu au Caire, à Port-Saïd, à Suez, dans le nord du Sinaï et dans au moins six autres provinces.

Ahmed Shafiq se présente comme un homme fort qui rétablira la loi et l'ordre après 16 mois d'instabilité en Égypte, marqués notamment par de nombreuses manifestations et un vide dans l'organisation de la sécurité. Peu après l'annonce des résultats du premier tour cette semaine, le quartier général de M. Shafiq au Caire a été incendié par des manifestants en colère.

Les opposants estiment que M. Shafiq, un militaire de carrière, est soutenu par le conseil militaire qui a pris les commandes du pays après le renversement de Moubarak. Les quatre présidents de l'Égypte moderne étaient tous issus des rangs militaires.

Ahmed Shafiq a récemment loué la «glorieuse révolution» qui a renversé le président Moubarak et a promis qu'il ne rétablirait pas l'ancien régime. Il a également tenté de se débarrasser de son image de candidat antirévolution et de faire oublier ses propos dénigrant les jeunes manifestants à l'origine du soulèvement populaire qui a poussé Moubarak à la démission.

Mais de nombreux Égyptiens ne veulent ni d'un «vestige» de l'ère Moubarak ni d'un islamiste comme président. Vendredi, les manifestants ont critiqué les deux candidats.

«Je suis ici parce que je ne veux pas de Shafiq ni de Morsi. Shafiq a fait couler le sang de nos enfants. J'ai payé d'avance le prix de cette révolution», a déclaré Magda, mère d'un manifestant tué durant le soulèvement de l'an dernier. «Quant aux Frères musulmans, ils sont déjà au Parlement et qu'ont-ils fait?»

Des manifestants ont scandé des slogans contre les deux candidats et contre le conseil militaire. D'autres ont déclaré qu'ils avaient l'intention de boycotter le scrutin.

«Je ne veux d'aucun des candidats parce qu'ils ne sont pas avantageux pour nous et pour le pays», a dit un manifestant au Caire, Ahmed Abdel-Fattah.

Les militants pro-démocratie demandent également l'application d'une loi récemment adoptée par le nouveau Parlement, qui interdit aux responsables de l'ancien régime de participer aux élections pendant 10 ans.

Ahmed Shafiq a été brièvement disqualifié de la course avant le premier tour, mais il a été réintégré 24 heures plus tard après que la commission électorale eut référé la nouvelle loi à la Cour constitutionnelle. La cour doit livrer son jugement sur la question quatre jours avant le second tour.

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