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Craintes internationales de guerre civile, nouvelles violences meurtrières

01/06/2012 02:15 EDT | Actualisé 01/08/2012 05:12 EDT

Les dirigeants internationaux ont exprimé de fortes craintes vendredi que la Syrie ne sombre dans une guerre civile totale sans parvenir toutefois à se mettre d'accord sur la façon de stopper la spirale sans fin des violences qui a encore fait une vingtaine de morts.

La contestation populaire, elle aussi, ne connaissait pas de répit malgré la répression du régime, avec des dizaines de milliers de manifestants défilant dans les villes pour crier leur colère contre le président Bachar al-Assad et saluer la mémoire des 49 enfants tués le 25 mai à Houla (centre).

Ce massacre, dans lequel 59 autres personnes ont péri, a provoqué un tollé international et intensifié les craintes d'une guerre totale. La rébellion et le régime se sont rejeté la responsabilité du carnage, alors qu'un responsable de l'ONU a dit que "de forts soupçons" pesaient sur les milices pro-régime.

A Genève, le Conseil des droits de l'homme de l'ONU a donné son feu vert, malgré l'opposition russe et chinoise, à une enquête internationale indépendante sur ce massacre en vue de traduire en justice les responsables qui pourraient être accusés de "crimes contre l'humanité".

Avec plus de 13.400 morts depuis le début le 15 mars 2011 de la révolte selon une ONG syrienne, les positions diamétralement opposées des protagonistes en Syrie et des divisions toujours profondes au sein de la communauté internationale, rien ne laisse présager une issue rapide à la crise.

Les violences, ajoutées à l'inaction des grandes puissances, compromettent le cessez-le-feu et le plan de paix négocié par l'envoyé spécial international Kofi Annan, une initiative appuyée par le Conseil de sécurité de l'ONU mais restée lettre morte sur le terrain.

"Aujourd'hui, nous voyons des éléments précurseurs d'une guerre civile. C'est extrêmement dangereux", a déclaré à Berlin le président russe Vladimir Poutine, allié indéfectible du régime Assad, tout en jugeant impossible de résoudre la crise "par la force".

Avec la chancelière allemande Angela Merkel qui a souligné la nécessité de "tout faire pour éviter la guerre civile", M. Poutine s'est prononcé en faveur d'une "solution politique" et a aussi nié toute livraison d'armes à la Syrie utilisables dans une guerre.

Dans un nouveau signe de tension américano-russe, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a accusé Moscou de livrer des armes au régime Assad, s'attirant une rapide réplique de la Russie qui a mis en cause l'aide financière étrangère et les livraisons d'armes aux rebelles dans le massacre de Houla.

La Russie et la Chine ont été critiquées pour avoir fait obstruction au Conseil de sécurité à des résolutions occidentales blâmant le régime de Damas qui ne reconnaît pas la contestation en l'assimilant à du terrorisme et semble profiter des dissensions internationales pour poursuivre sa répression.

Le chef de la diplomatie britannique William Hague a lui prévenu que la Syrie était "au bord d'une guerre civile totale", après des entretiens à Istanbul avec le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon qui avait lui mis en garde contre le risque d'une "guerre civile catastrophique".

La Haut commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Navi Pillay, a appelé de Genève la communauté internationale "à appuyer de tout son poids le plan" Annan afin d'éviter un "conflit total" qui ferait courir à la Syrie et la région dans son ensemble un "grave danger".

Entretemps, la répression et les combats entre soldats et insurgés continuent de plus belle, avec la mort de 18 personnes en majorité des civils.

L'Armée syrienne libre (ASL) a annoncé son intention de reprendre ses "opérations défensives" après l'expiration à 09H00 GMT de l'ultimatum lancé au régime pour qu'il cesse les violences, après avoir estimé que le plan Annan avait échoué.

Et malgré un déploiement massif des forces de sécurité, plus de 250.000 Syriens ont manifesté contre le régime et le massacre de Houla, les forces gouvernementales ouvrant le feu pour disperser les protestataires dont deux ont péri à Alep, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Répondant à un appel de militants anti-régime, ils ont manifesté dans les provinces de Damas, Deraa (sud), Homs et Hama (centre), Alep (nord), Deir Ezzor (est), Hassaké (nord-est) et Lattaquié (ouest), a précisé l'OSDH.

"Oh Arabes, nous exigeons plus que l'expulsion des ambassadeurs (de Syrie), nous exigeons aussi l'expulsion des ambassadeurs de Russie et de Chine", pouvait-on lire sur une affiche brandie par l'un des manifestants dans le quartier Esseily à Damas, selon une vidéo mise en ligne par des militants.

Les contestataires faisaient référence à l'expulsion récente, par de nombreux pays occidentaux, de diplomates syriens après le massacre de Houla.

Dans la capitale, une affiche accuse le régime de tuer des enfants alors qu'il parle de réformes.

D'autres manifestants ont brandi des portraits des victimes du massacre et arboré des symboles religieux pour dénoncer les dissensions confessionnelles.

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