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Attentat Habyarimana: des parties civiles demandent des contre-expertises

01/06/2012 12:59 EDT | Actualisé 01/08/2012 05:12 EDT

Les familles de certaines victimes de l'attentat contre l'avion du président Habyarimana en 1994 ont demandé aux juges français une série de contre-expertises après la présentation d'un rapport balistique dont ils contestent les conclusions, a indiqué vendredi leur avocat Philippe Meilhac.

Ce rapport, présenté en janvier, n'identifiait pas dans ses conclusions les auteurs de cette attaque considérée comme le déclencheur du génocide rwandais. Il citait cependant le camp de Kanombe, tenu en 1994 par la garde présidentielle rwandaise, comme la "zone de tir la plus probable" des missiles qui avaient abattu l'appareil du président Habyarimana.

Les avocats des proches de l'actuel président rwandais Paul Kagamé qui ont été mis en examen dans cette affaire avaient estimé que ce rapport mettait leurs clients hors de cause.

Une opinion que ne partage pas Me Meilhac, qui défend notamment Agathe Habyarimana, la veuve de l'ancien président rwandais.

Il conteste notamment le travail d'un acousticien qui, selon lui, a été déterminant pour orienter les conclusions des cinq balisticiens qui ont rédigé le rapport présenté aux parties par les juges Yves Trévidic et Nathalie Poux.

"La méthode de travail de l'acousticien, qui ne s'est pas rendu au Rwanda, est contestable, et son rapport est fondé sur certaines données géométriques erronées", a déclaré Me Meilhac à l'AFP, au lendemain de l'expiration du délai offert aux parties civiles pour contester l'expertise.

"Nous avons notamment demandé aux juges une contre-expertise acoustique, une expertise sur la trajectoire possible des missiles ou encore une analyse et une hiérarchisation des témoignages recueillis", a-t-il ajouté.

L'avocat a cependant noté que le rapport contenait des choses "convaincantes", en citant notamment les conclusions relatives aux projectiles utilisés. Le rapport citait le missile SA16 comme "le système d'arme le plus susceptible d'avoir été mis en oeuvre".

Me Meilhac a par ailleurs appelé à "prendre avec une extrême précaution" un document cité vendredi par le journal Libération et présenté comme émanant de l'ONU.

Ce document datant de 1994, qui a été versé au dossier, rapporte que les Forces armées rwandaises (FAR) possédaient 15 missiles Mistral de fabrication française, pourtant interdits à la vente.

Me Meilhac a noté que dans un rapport de décembre 1994, Human Righs Watch Africa avait déjà fait état de 15 Mistral aux mains des ex-FAR. Cette enquête avait été citée dans un rapport parlementaire du député Paul Quilès du 15 décembre 1998, qui estimait toutefois "la capacité sol-air des FAR (...) sujette à caution".

"Rien n'empêcherait néanmoins de demander aux experts de compléter leurs travaux au regard de la nouvelle pièce versée aux débats, à supposer qu'elle soit authentifiée", a déclaré Me Meilhac.

Me Emmanuel Bidanda, conseil d'une victime française de l'attentat du 6 avril 1994, s'est de son côté dit "dubitatif" face à la "coïncidence" entre la publication de ce document et la fin du délai prévu pour répondre au rapport balistique.

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