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Une étude prétend aussi que le Canada souffre du «syndrome hollandais»

30/05/2012 01:26 EDT | Actualisé 30/07/2012 05:12 EDT

OTTAWA - À la veille de la visite de Thomas Mulcair au pays des sables bitumineux, une nouvelle étude corrobore les déclarations du leader néo-démocrate, quand il affirme que l'économie canadienne souffre d'une forme du «syndrome hollandais».

L'étude de l'Institut Pembina, dévoilée mercredi, conclut que le Canada souffre d'une forme unique du phénomène, baptisée «fièvre des sables bitumineux», qui génère des retombées économiques à court terme mais dont l'importance est souvent exagérée. L'étude ajoute que ces retombées sont réparties inégalement à travers le pays, et qu'elles pourraient réserver de mauvaises surprises éventuellement.

Mais une autre étude réalisée par l'Institut Macdonald-Laurier conclut que l'industrie canadienne des hydrocarbures profite à l'ensemble du pays, puisque les dollars générés par les exportations de pétrole et de gaz naturel servent ensuite à acheter des biens et services au Canada.

Les deux études sont publiées alors que M. Mulcair s'apprête à effectuer jeudi sa première visite de la région des sables bitumineux en Alberta depuis ses commentaires controversés concernant le «syndrome hollandais».

Le chef du NPD a été cloué au pilori par les premiers ministres de l'Ouest et par les conservateurs fédéraux pour avoir déclaré que les exportations de pétrole gonflent la valeur du dollar canadien, ce qui nuit à l'économie d'autres régions du pays.

Ce phénomène est appelé «syndrome hollandais» en référence au déclin manufacturier qui s'est produit aux Pays-Bas après l'explosion des exportations de gaz naturel dans les années 1970.

L'étude Pembina prévient toutefois que l'étiquette «syndrome hollandais» est possiblement trop simpliste.

«Il semble évident que le Canada traverse des changements, positifs et négatifs, qui découlent directement de la nature de l'économie nationale canadienne et du rôle du Canada dans une économie internationale en pleine mutation», peut-on lire dans le document.

«Le résultat semble être une variante typiquement canadienne du syndrome hollandais qu'on pourrait appeler 'fièvre des sables bitumineux' — une variante qui est en voie de donner naissance à des gagnants et des perdants évidents au sein de l'économie canadienne, et qui pourrait présenter un risque important pour la compétitivité du Canada dans l'économie émergente de l'énergie propre.»

Le rapport demande au gouvernement fédéral de créer un «bas de laine» avec les revenus des hydrocarbures, d'éliminer les allégements fiscaux consentis aux pétrolières et gazières, de convoquer un comité d'experts sur les sables bitumineux et l'économie, d'étudier la compétitivité régionale dans un contexte de robustesse du huard, et de développer une stratégie nationale de l'énergie.

L'étude de l'Institut Macdonald-Laurier en arrive à une conclusion différente. Ce document estime que toutes les provinces profiteront des retombées des hydrocarbures des provinces de l'Ouest, et que ces bénéfices seront nettement plus importants que l'impact négatif d'un dollar canadien fort.

«Si le 'syndrome hollandais' est réel, il est partiellement (et possiblement complètement) contrebalancé par les gains réalisés par l'économie canadienne, et documentés par ces études», peut-on lire dans le rapport.

Les deux études ont été publiées à la veille de la visite de M. Mulcair sur un site d'exploitation de sables bitumineux de Suncor près de Fort McMurray, en Alberta.

La première ministre de cette province, Alison Redford, a déjà indiqué qu'elle ne rencontrera pas le nouveau leader néo-démocrate tant qu'il n'aura pas visité la région de Fort McMurray pour se renseigner sur les sables bitumineux. Le premier ministre saskatchewanais Brad Wall y est lui aussi allé de commentaires musclés.

Avant de quitter pour sa tournée de l'Ouest, M. Mulcair a insisté pour dire qu'il n'est pas opposé au développement s'il est durable. Il a précisé que cela s'applique à tous les projets de ressources naturelles à travers le pays et non seulement aux sables bitumineux.

Un des auteurs du rapport Pembina est d'avis que les commentaires de M. Mulcair ont attiré l'attention sur une question importante. «C'est productif parce que ça donne à cette question une visibilité politique et populaire qui est nécessaire, a dit Dan Woynillowicz. Cela a déclenché, selon moi, un débat qui porte surtout sur la rhétorique des deux camps, plutôt que sur une analyse de ce qui se passe vraiment et qui pourrait être fait.»

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