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Sierra Leone: larmes et soupirs de victimes après la condamnation de Taylor

30/05/2012 09:52 EDT | Actualisé 30/07/2012 05:12 EDT

Le silence, les larmes d'un mutilé, quelques soupirs: pour les victimes de la guerre civile en Sierra Leone, l'heure était au soulagement mercredi à Freetown après la condamnation de l'ex-président libérien Charles Taylor à 50 ans de prison pour crimes contre l'humanité et de guerre.

Un profond silence a accueilli le verdict retransmis en direct depuis La Haye (Pays-Bas) dans la salle du Tribunal spécial de la capitale sierra-léonaise où s'étaient réunies plusieurs centaines de personnes devant des écrans géants.

"Le rideau est maintenant tiré sur Charles Taylor. J'espère qu'il sera hanté par ses actes pendant qu'il croupira en prison", a déclaré, les larmes aux yeux, Alhadji Jusu Jarka, ancien président de l'association des amputés.

"Enfin, justice a été faite", a lancé M. Jarka, qui en 1999 avait eu les deux bras amputés par les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) appuyés par Charles Taylor en échange de diamants.

Une expression reprise par le gouvernement sierra-léonais, qui a salué une "bonne nouvelle". "Même si la peine n'est pas à la hauteur des atrocités commises et des souffrances des victimes, j'espère que ceux qui ont été affectés vont être soulagés", a dit à l'AFP le porte-parole et vice-ministre Sheku Tarawali.

Dans la salle du Tribunal spécial, la plupart de ceux qui ont entendu le verdict - victimes, responsables politiques, représentants de la société civile - ont manifesté leur satisfaction sans cris de joie, parfois avec un soupir.

"C'est excellent!", a cependant jugé le défenseur des droits de l'Homme Charles Mambu. "Cela montre que les temps changent pour ceux qui commettent des crimes de guerre".

Mais le leader du Parti du Front révolutionnaire uni (RUFP), héritier du groupe rebelle, Eldred Collins, pense que "M. Taylor a été jugé de façon inéquitable et qu'il ne mérite pas cette peine". Pour lui, c'est le chef du RUF Foday Sankoh, mort en détention en 2003, qui avec d'autres a "fait la guerre".

Dans l'intérieur du pays, on est "soulagé que la saga Taylor soit enfin derrière nous", a affirmé le chef traditionnel Cyril Gando, du district de Kailahun (est), frontalier du Liberia.

"Les rebelles en 1999 et 2000 ont tué beaucoup de gens, notamment mes fils, qui ont été décapités parce qu'ils refusaient de rejoindre la rébellion", a-t-il indiqué, joint par téléphone depuis Freetown.

Et de rappeler une célèbre phrase prononcée par Charles Taylor en 1989, quand une force ouest-africaine avait pris le pays pour base pour intervenir au Liberia. "Souvenez-vous que Taylor a un jour déclaré que la Sierra Leone connaîtrait le goût amer de la guerre. Maintenant laissez-le connaître le goût amer de la liberté perdue".

A Freetown, le verdict historique de La Haye n'a pas troublé l'activité. "Qu'est-ce que j'en ai à faire de Taylor?", lâchait Ina Smith, une marchande. "Le prix des aliments de base continue de grimper et c'est ça qui me préoccupe".

Au Liberia, où aucune poursuite n'a jamais été engagée contre l'ex-chef de guerre qui avait généralisé l'enrôlement d'enfants-soldats avant de présider le pays (1997-2003), les réactions étaient à l'image d'un pays toujours déchiré.

Au centre Itai, où les habitants de Monrovia se retrouvent pour prendre le thé, une centaine de personnes ont regardé sur un grand écran le juge rendre son verdict, dans un silence de mort.

"Je crois que 50 ans de prison c'est juste, compte tenu de la gravité des actes qu'il a commis", a déclaré Johnny Lewis, professeur. Il espère que les chefs d'Etat africains "tireront des leçons de ce procès".

Sao Bass, étudiant, est heurté. "Je ne suis pas heureux, en tant qu'Africain, de voir mon ancien président condamné à la prison à vie. C'est vraiment un triste jour".

Ruth Mendee, 43 ans, n'accepte pas, elle, cette "trahison de la communauté internationale": "qu'on juge Charles Taylor pour ce qui s'est passé en Sierra Leone mais qu'on ignore ce qui s'est passé au Liberia".

"Mes deux enfants ont été violés sous mes yeux et ceux qui ont fait ça sont encore là", raconte-t-elle. "Est-ce que nous autres Libériens, nous ne sommes par des êtres humains qui méritons la justice?"

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